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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2209348

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2209348

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2209348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 1er décembre 2022 et 3 mars 2023, M. C B, représenté par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 18 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 3 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Lille en date du 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les observations de Me Normand, substituant Me Vergnole, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 13 août 1991, est entré sur le territoire national, selon ses déclarations, le 14 août 2016. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande par une décision du 23 août 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 juin 2018. Par une décision du 10 septembre 2018, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français. L'intéressé a sollicité le réexamen de sa demande d'asile et l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a déclaré cette demande irrecevable par une décision du 18 décembre 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 février 2020. M. B a fait l'objet d'un arrêté du 3 mars 2020 l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du 4 juin 2020, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa requête tendant à l'annulation de ces décisions. Le 3 septembre 2021, M. B a demandé la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle. Il demande au tribunal d'annuler les décisions en date du 18 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. B en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. En outre, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à un an, l'autorité administrative a tenu compte, conformément aux dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peut être accueilli.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord, à qui M. B n'avait déclaré ni l'identité de la personne avec laquelle il se prétendait en concubinage, ni la reconnaissance de paternité anticipée qu'il avait effectuée le 21 juin 2021, ni la présence d'une sœur sur le territoire français lors de sa demande de titre de séjour, n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de prendre les décisions lui refusant un titre de séjour et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France le 14 août 2016. Sa présence en France est donc récente. Il se prévaut dans la présente instance d'un concubinage avec Mme A, ressortissante guinéenne en situation irrégulière, avec laquelle il a eu un enfant né en 2016, résidant toujours en Guinée-Bissau, et un enfant né en 2021 en France, à l'égard duquel il a reconnu de manière anticipée sa paternité le 21 juin 2021. S'il se prévaut de la présence d'une sœur sur le territoire français, il ne l'établit pas et les autres membres de sa famille vivent toujours dans son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 24 ans. Par ailleurs, M. B n'établit, ni même n'allègue qu'il ne pourrait pas se réinsérer socialement et professionnellement en Guinée-Bissau. Dans ces conditions, la situation personnelle et familiale de M. B ne peut être considérée comme un motif exceptionnel d'admission au séjour ou une considération humanitaire au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a travaillé trois mois en qualité de commis de cuisine en 2018, puis neuf mois en qualité d'agent de propreté en 2020 et 2021. Il se prévaut également d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, sous réserve de la régularité de son séjour en France. Toutefois, et alors que M. B ne peut utilement invoquer à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant refus de titre de séjour la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne comporte que des orientations générales que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, sa situation professionnelle ne peut être regardée comme un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet du Nord a entaché ses décisions d'une erreur de droit, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ne ressort des pièces du dossier ni que M. B a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, ni que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Guinée-Bissau. Par suite, les décisions refusant à M. B un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, il ressort de ce qui a été point 6 que l'enfant de M. B né en France en 2021 a deux parents ressortissants guinéens en situation irrégulière sur le territoire français et un grand frère, né en 2016 qui vit toujours en Guinée-Bissau. Par suite, la cellule familiale pouvant entièrement se reconstituer dans le pays d'origine des deux parents, les décisions en litige ne peuvent être regardées comme séparant le père de son enfant né en France. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord a porté une attention insuffisante à l'intérêt supérieur des enfants de M. B avant de refuser de délivrer à celui-ci un titre de séjour et de lui faire obligation de quitter le territoire français. Par suite, cette autorité n'a pas méconnu des dispositions du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En sixième lieu, il résulte de tout ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité des décisions en date du 18 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la vie privée et familiale de M. B, qui, par ailleurs, s'est déjà soustrait à deux mesures d'éloignement, en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en date du 18 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Marion Vergnole et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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