Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2022, Mme A... B..., représentée par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la directrice des ressources humaines et du dialogue social du centre hospitalier de Maubeuge a retiré la décision du 30 mai 2022 relative à sa demande de mutation, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d’enjoindre au directeur du centre hospitalier de Maubeuge de la recruter par voie de mutation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Maubeuge une somme de 1 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité qui ne bénéficiait d’aucune délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 242-4 du code des relations entre le public et l’administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le centre hospitalier de Maubeuge, représenté par Me Pichon conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bergerat, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Courtois, rapporteure publique,
- et les observations de Me Fraccarollo, substituant Me Pichon, représentant le centre hospitalier de Maubeuge.
Considérant ce qui suit :
Mme B..., aide-soignante au centre hospitalier d’Hautmont, a présenté sa candidature pour exercer ses fonctions au centre hospitalier de Maubeuge. Par un courrier du 30 mai 2022, le centre hospitalier de Maubeuge a indiqué au centre hospitalier d’Hautmont qu’il était en mesure d’accueillir Mme B... à compter du 1er août 2022 et a sollicité le dossier administratif de l’intéressée. Le 21 juin 2022, le centre hospitalier d’Hautmont a accepté cette date du 1er août 2022 et a indiqué une transmission du dossier dans le plus bref délai. Le même jour, le centre hospitalier d’Hautmont a édicté un arrêté portant mutation de Mme B... au centre hospitalier de Maubeuge à compter du 1er août 2022. Par une décision du 8 juillet 2022, la directrice des ressources humaines et du dialogue social du centre hospitalier de Maubeuge a informé le centre hospitalier d’Hautmont de l’annulation du recrutement par voie de mutation de Mme B.... L’intéressée, informée de cette décision par courriel du 12 juillet 2022, a formé un recours gracieux le 10 octobre 2022 qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme B... demande l’annulation de la décision du 8 juillet 2022, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 30 mai 2022 adressé au centre hospitalier d’Hautmont par le centre hospitalier de Maubeuge mentionne qu’il a pour objet « recrutement par voie de mutation de Mme A... B... » et que l’établissement est en mesure « de recevoir par mutation Mme B... à compter du 1er août 2022 ». Il ressort également des pièces du dossier que, le 21 juin 2022, le centre hospitalier d’Hautmont a accepté cette date de prise d’effet de la mutation et a édicté un arrêté portant mutation de la requérante au 1er août 2022. En outre, par un courriel du 28 juin 2022 adressé à Mme B..., une cadre supérieure de santé du centre hospitalier de Maubeuge lui a indiqué que « tous les échanges ayant permis d’acter votre mutation ont été orientés sur une affectation sur le [service de court séjour gériatrique] ». Ce même courriel précise que cette affectation a été acceptée par Mme B... lors d’un entretien du 19 avril 2022. Enfin, le courrier du 8 juillet 2022 mentionne qu’il a pour objet « Annulation du recrutement par voie de mutation » de Mme B.... Il ressort de l’ensemble de ces éléments que la décision d’accepter la demande de mutation de Mme B... a été prise par le centre hospitalier de Maubeuge, qui n’est pas fondé à soutenir que le courrier du 30 mai 2022 se serait borné à interroger le centre hospitalier d’Hautmont sur l’effectivité de la date du 1er août 2022 et sur la transmission du dossier administratif de l’intéressée, et par suite, n’aurait revêtu aucun caractère décisoire. En conséquence, la décision du 8 juillet 2022 procédant à « l’annulation » du recrutement par voie de mutation de Mme B... constitue une décision de retrait de la décision du 30 mai 2022 portant recrutement par voie de changement d’établissement de Mme B..., laquelle est créatrice de droits en faisant droit à sa demande.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 100-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Le présent code régit les relations entre le public et l'administration en l'absence de dispositions spéciales applicables. / Sauf dispositions contraires du présent code, celui-ci est applicable aux relations entre l'administration et ses agents. ». Aux termes de l’article L. 211-2 de ce code : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits (…) ». En vertu de l’article L. 211-5 de ce même code, « la motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
La décision du 8 juillet 2022 qui, ainsi qu’il est jugé au point 2, retire une décision créatrice de droits, est au nombre de celles qui doivent être motivées au sens des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Il est constant que cette décision ne comporte aucune considération de droit et de fait permettant à Mme B... de comprendre et de contester utilement les motifs du retrait de son recrutement par voie de mutation. En outre, l’intéressée a sollicité, en vain, les 19 et 28 juillet 2022 puis les 11 et 13 août 2022 la communication des motifs de cette décision. Si le centre hospitalier de Maubeuge mentionne, en cours d’instance, que des antécédents disciplinaires de l’intéressée justifieraient le retrait de la décision de la recruter par voie de mutation, ces affirmations, à les supposer établies, sont sans incidence sur ce vice de forme. Par suite, Mme B... est fondée à soutenir que la décision du 8 juillet 2022 est entachée d’un défaut de motivation.
Aux termes de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration : « L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 322-5 du code général de la fonction publique : « Sous réserve des dispositions de l'article L. 311-2, l'autorité investie du pouvoir de nomination peut pourvoir les emplois vacants par la procédure de changement d'établissement, consistant pour un fonctionnaire hospitalier à quitter son établissement pour occuper un des emplois auquel son grade donne vocation dans un autre établissement. »
Pour soutenir qu’il a pu procéder au retrait de la décision du 30 mai 2022 dans le délai de quatre mois prévu par les dispositions précitées, le centre hospitalier de Maubeuge fait valoir que cette décision était illégale dès lors qu’elle a été édictée prématurément sans être précédée d’une démission de Mme B... de son poste au centre hospitalier d’Hautmont et de la décision de mutation prise par cet établissement, laquelle, en l’espèce, a été édictée seulement le 21 juin 2022. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire et notamment pas celles de l’article L. 322-5 du code général de la fonction publique précitées ne soumettent le changement d’établissement d’un agent à de telles formalités. Enfin, le centre hospitalier de Maubeuge ne peut utilement soutenir que la décision du 30 mai 2022, laquelle faisait droit à la demande de changement d’établissement de Mme B..., serait illégale en l’absence de motivation et de mention des voies et délais de recours. Dès lors, Mme B... est fondée à soutenir que le centre hospitalier de Maubeuge a méconnu les dispositions précitées de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration en retirant, le 8 juillet 2022, cette décision.
Il résulte de ce qui précède que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision du 8 juillet 2022 procédant au retrait de la décision du 30 mai 2022 portant recrutement par voie de mutation, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. (…) ».
Lorsqu’une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est annulé, la décision initiale est rétablie à compter de la date de lecture de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation. Une telle annulation n'a, en revanche, pas pour effet d'ouvrir un nouveau délai de quatre mois pour retirer la décision initiale, alors même que celle-ci comporterait des irrégularités pouvant en justifier légalement le retrait.
Dès lors que l’annulation prononcée par le présent jugement rétablit la décision du 30 mai 2022 portant recrutement par voie de changement d’établissement de Mme B..., l’exécution de ce jugement n’implique aucune mesure d’exécution et il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B... tendant à ce qu’il soit enjoint au centre hospitalier de Maubeuge de procéder à son recrutement par voie de mutation.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Maubeuge une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens. Il n’y a pas lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier de Maubeuge demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 8 juillet 2022 du centre hospitalier de Maubeuge procédant au retrait de la décision du 30 mai 2022 portant recrutement de Mme B... par voie de mutation est annulée, ensemble la decision de rejet du recours gracieux formé le 10 octobre 2022.
Article 2 : Le centre hospitalier de Maubeuge versera à Mme B... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au centre hospitalier de Maubeuge.
Délibéré après l'audience du 5 février 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Hamon, présidente,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2026.
La rapporteure,
Signé
S. Bergerat
La présidente,
Signé
P. HamonLa greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,