lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2209968 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (6) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 décembre 2022, 14 janvier 2023 et 22 octobre 2024, Mme D A demande au tribunal d'annuler la décision du 7 novembre 2022, prise sur recours administratif préalable, par laquelle le président du conseil département du Nord a rejeté la demande de prise en charge au titre de l'aide sociale à l'hébergement de sa mère, Mme B.
Elle soutient que :
- le refus d'admettre sa mère à l'aide sociale à l'hébergement la met dans une situation financière délicate ;
- elle perçoit une pension alimentaire de 718 euros, rembourse un prêt immobilier de 595 euros et verse 200 euros par mois à son fils ;
- sa mère perçoit une pension mensuelle de 1 100 euros et est propriétaire d'une maison estimée à 70 000 euros ;
- les frais de l'EPHAD s'élèvent à 2 400 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2024, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que si les ressources de Mme B sont insuffisantes pour assumer le coût mensuel de son hébergement, la prise en compte des ressources des obligées alimentaires, à savoir Mme A et sa sœur, Mme C conduit à un total de ressources suffisant pour assurer le règlement de ses frais.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Cotte, vice-président, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Cotte a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 29 août 2022, le président du conseil départemental du Nord a rejeté la demande de prise en charge de Mme B de ses frais d'hébergement, au motif que ses ressources, ainsi que l'aide des obligés alimentaires, permettaient de couvrir ces frais depuis le 16 mars 2022. Par un courrier du 16 octobre 2022, Mme A, fille de Mme B, a formé un recours administratif préalable contre la décision précitée. Par une décision prise le 7 novembre 2022, le président du conseil départemental du Nord a maintenu sa décision. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 7 novembre 2022.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. D'une part, aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. / () La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire. / () ". Aux termes de l'article R. 132-9 du même code : " Pour l'application de l'article L. 132-6, le postulant fournit, au moment du dépôt
de sa demande, la liste nominative des personnes tenues envers lui à l'obligation alimentaire définie par les articles 205 à 211 du code civil, lorsqu'il sollicite l'attribution d'une prestation accordée en tenant compte de la participation de ses obligés alimentaires. / Ces personnes sont invitées à fixer leur participation éventuelle aux dépenses susceptibles d'être engagées en faveur du postulant ou à l'entretien de ce dernier. / () ". Ainsi, en vertu de ces dispositions, les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. Aux termes du premier alinéa de l'article 208 du code civil : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit ".
4. Il résulte, d'une part, de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles, d'autre part, de l'article L. 132-7 du même code et de l'article 208 du code civil, et des articles L. 134-1 et L. 134-3 du code de l'action sociale et des familles que le juge administratif, à qui il appartient de déterminer dans quelle mesure les frais d'hébergement dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont pris en charge par les collectivités publiques au titre de l'aide sociale, est compétent pour fixer, au préalable, le montant de la participation aux dépenses laissée à la charge du bénéficiaire de l'aide sociale et, le cas échéant, de ses débiteurs alimentaires.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 132-3 du même code : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret ". Aux termes de l'article R. 231-6 du même code : " La somme minimale laissée mensuellement à la disposition des personnes placées dans un établissement au titre de l'aide sociale aux personnes âgées, par application des dispositions des articles L. 132-3 et L. 132-4 est fixée, lorsque l'accueil comporte l'entretien, à un centième du montant annuel des prestations minimales de vieillesse, arrondi à l'euro le plus proche. Dans le cas contraire, l'arrêté fixant le prix de journée de l'établissement détermine la somme au-delà de laquelle est opéré le prélèvement de 90 % prévu audit article L. 132-3. Cette somme ne peut être inférieure au montant des prestations minimales de vieillesse ".
6. Il résulte des articles L. 132-3 et R. 231-6 du code de l'action sociale et des familles que les personnes âgées hébergées en établissement et prises en charge au titre de l'aide sociale doivent pouvoir disposer librement de 10 % de leurs ressources et que la somme ainsi laissée à leur disposition ne peut être inférieure à 1 % du montant annuel des prestations minimales de vieillesse. Ces dispositions doivent être interprétées comme devant permettre à ces personnes de subvenir aux dépenses qui sont mises à leur charge par la loi et sont exclusives de tout choix de gestion. Il suit de là que la contribution de 90 % prévue à l'article L. 132-3 du code de l'action sociale et des familles doit être appliquée sur une assiette de ressources diminuée de ces dépenses.
7. Pour demander l'annulation de la décision lui refusant l'admission de sa mère à l'aide sociale à l'hébergement, Mme A soutient que l'obligation alimentaire de 400 euros mise à sa charge pèse sur sa situation financière, alors qu'elle ne perçoit qu'une retraite de 718 euros, qu'elle rembourse un prêt immobilier de 595 euros et qu'elle verse une aide de 200 euros mensuels à son fils. Il résulte de l'instruction que les frais d'hébergement de Mme B s'élèvent à 1 971,60 euros alors que ses ressources mensuelles ne dépassent pas 1 161,96 euros. Toutefois, alors que Mme B a vendu, le 9 septembre 2024, la maison dont elle était propriétaire avec ses deux filles, pour un montant de 105 000 euros net vendeur, qu'il n'est pas contesté que la sœur de Mme A est redevable d'une obligation alimentaire de 800 euros et qu'il n'est pas établi que les revenus du couple de Mme A qui s'élevaient à 41 238 euros pour l'année 2020 aient diminué, la requérante n'est pas fondé à demander que le montant de 400 euros qui lui est réclamé au titre de son obligation alimentaire soit mis à la charge du département au titre de l'aide sociale à l'hébergement. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme D A et au département du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
O. Cotte
La greffière,
signé
C. Lejeune
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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