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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300020

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300020

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300020
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A B, ressortissant égyptien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 17 mars 2022 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute pour le requérant de démontrer des liens personnels ou familiaux intenses et stables en France. En conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination ont été maintenues.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2023, M. C A B, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.

Par ordonnance du 11 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouanneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant égyptien né le 26 avril 1987, est entré sur le territoire français le 22 novembre 2013 en possession de son passeport. Il a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé, régulièrement renouvelé, du 11 avril 2014 au 27 novembre 2017, puis d'une autorisation provisoire de séjour du 14 septembre 2021 au 13 mars 2022. Il a par la suite déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", laquelle a été refusée par arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 17 mars 2022, ce même arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et fixant son pays de destination. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision attaquée mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet a notamment examiné la date d'entrée de l'intéressé sur le territoire français, son parcours administratif au regard du droit au séjour, l'absence de démonstration de sa part de liens familiaux ou privés intenses, anciens et stables sur le sol français et l'existence de liens familiaux en Egypte. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. De même, au regard des motifs énoncés ci-dessus, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation du requérant doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant se borne à évoquer sa résidence habituelle depuis neuf ans sur le sol français pour justifier de ses prétentions et n'établit ni la réalité de liens stables, intenses et anciens avec la France, ni une quelconque insertion sociale ou professionnelle, ni l'absence de tout lien dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence. L'arrêté attaqué retient notamment que M. A B a déclaré être célibataire et sans enfant et ne serait pas dépourvu d'attaches en Egypte, où résident d'autres membres de sa famille. Dès lors, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A B à mener une vie privée et familiale normale et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la décision en litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ".

8. Il résulte de ce qui a été énoncé au point 3 que le moyen tiré du défaut de motivation et celui tiré du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation du requérant doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

10. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 5 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les frais liés au litige :

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, en ce compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et, étant partie perdante dans la présente instance, celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Barre, conseillère,

M. Jouanneau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

S. JOUANNEAU

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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