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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2300024

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2300024

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2300024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en formation de 8ème chambre, a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. A, ressortissant gabonais, contre un arrêté préfectoral du 8 décembre 2022 refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a substitué aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables, les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992. Il a rejeté l'ensemble des moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen particulier et de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et a confirmé la légalité des décisions attaquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2023, M. B A représenté par Me Axel Mayombo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Nicolas Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction de l'affaire a été fixée au 12 février 2024 à 14 heures.

Les parties ont été informées, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants gabonais sollicitant la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992.

Des observations, enregistrées le 25 septembre 2024, ont été présentées pour M. A.

Par une décision du 6 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sanier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais, né le 27 mars 1998, est entré en France, le 22 septembre 2019, sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable du 20 septembre 2019 au 20 septembre 2020. Il a obtenu la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 15 octobre 2020 au 14 octobre 2022. L'intéressé a sollicité, le 23 septembre 2022, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 8 décembre 2022, le préfet du Nord a refusé de délivrer le titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un courrier du 27 décembre 2022, M. A a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par la présente requête, M. A en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée portant refus de renouvellement d'un titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui fondent cette décision, et est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'adopter la décision attaquée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants / () ". Enfin, l'article 12 de la même convention stipule que : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention ".

5. L'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France en qualité d'étudiant. Dès lors que l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 prévoit la délivrance de titres de séjour pour les étrangers ayant la qualité d'étudiant, un ressortissant gabonais souhaitant obtenir un titre de séjour au titre de cette qualité doit être regardé comme relevant des stipulations de la convention précitée. Par suite, la décision litigieuse ne pouvait être légalement prise sur le fondement de ces dispositions.

6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

7. En l'espèce, la décision en litige trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise, lesquelles peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles s'est fondé le préfet du Nord, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver M. A d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer ces deux textes.

8. Par ailleurs, il résulte des stipulations des articles 9 et 12 de la convention franco-gabonaise qu'il appartient à l'administration, saisie d'une demande de carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement et sérieusement des études. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est inscrit, au titre de l'année universitaire 2019-2020, dans un établissement d'enseignement supérieur situé en région parisienne appartenant au groupe des Grandes écoles des métiers d'avenir (GEMA) afin d'y suivre des études pluridisciplinaires, qu'il n'a pas validées en obtenant une moyenne générale de 1,43/4. L'intéressé s'est ensuite inscrit en première année de licence " économie gestion " à l'université du Littoral-Côte d'Opale au titre de l'année universitaire 2020-2021 et a été ajourné. Ayant été admis à redoubler, il a de nouveau été ajourné au terme de l'année universitaire 2021-2022. M. A a renouvelé son inscription dans cette même formation pour l'année universitaire 2022-2023, puis s'est inscrit, postérieurement à la décision attaquée, à l'IES Business School Normandie en première année de brevet de technicien supérieur " management commercial opérationnel " pour l'année universitaire 2024-2025. Si le requérant soutient que ses échecs successifs résultent du contexte de la pandémie de Covid-19 et d'une profonde dépression survenue à l'issue de sa deuxième année d'études, ces circonstances, au demeurant non établies par les pièces du dossier, ne sauraient suffire à justifier l'absence de progression dans le parcours universitaire de l'intéressé, alors qu'il n'a validé aucune année depuis son entrée en France en 2019. De même, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il a présenté une pneumopathie en décembre 2022 alors que celle-ci est postérieure à ses différents ajournements. Enfin, si M. A fait valoir qu'il dispose de moyens d'existence suffisants et qu'il est pris en charge financièrement par des membres de sa famille, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le préfet du Nord pouvait se fonder sur le seul motif de l'absence de progression dans son parcours universitaire pour refuser de lui renouveler son titre de séjour. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur d'appréciation et une erreur de droit dans l'application des dispositions précitées en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 22 septembre 2019 afin d'y poursuivre des études et n'a validé aucune année d'études supérieures à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de la présence en France de sa tante, d'un frère et d'une sœur, en situation régulière, il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches privées ou familiales au Gabon, ni qu'il serait dans l'impossibilité de s'y réinsérer. L'intéressé ne justifie pas davantage d'une intégration professionnelle ou sociale d'une particulière intensité en France. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 2 et 3.

13. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 et 11, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

14. M. A n'ayant soulevé aucun moyen à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision accordant un délai de départ volontaire, celles-ci ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 3.

16. En second lieu, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'en retenant le Gabon comme pays à destination duquel il pourra être éloigné, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les dépens :

19. La présente instance n'ayant généré aucun dépens, les conclusions de la requête présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige ;

20. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Nord et à Me Axel Mayombo.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Stefanczyk, présidente,

Mme Barre, conseillère,

Mme Sanier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

L. SANIER

La présidente,

Signé

S. STEFANCZYK

La greffière,

Signé

O. LEFEBVRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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