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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2301248

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2301248

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2301248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS INTERNATIONAL TAX PM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. A, ressortissant albanais, qui contestait l'arrêté du sous-préfet de Valenciennes du 11 janvier 2023 lui refusant un titre de séjour "salarié", lui faisant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a jugé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et que le moyen tiré de l'illégalité du refus d'autorisation de travail n'était pas fondé, car l'offre d'emploi n'avait pas été préalablement publiée auprès des services de l'emploi comme l'exige l'article R. 5221-20 du code du travail. En conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination, qui étaient légales par voie de conséquence, ont également été validées. La requête a été intégralement rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et des mémoires complémentaires, enregistrés les

9 février 2023, 17 février 2023 et 2 mai 2023, M. B A, représenté par Me Pirlet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le sous-préfet de Valenciennes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au sous-préfet de Valenciennes de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au sous-préfet de Valenciennes de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est fondée sur un refus illégal de lui accorder une autorisation de travail, ce en quoi elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant un pays de destination :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Célino, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant albanais né le 5 janvier 2001, est entré en France en juillet 2017 en tant que mineur non accompagné. Le 20 juin 2018, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 2 novembre 2021 au

1er juin 2022. Le 30 mai 2022, il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 11 janvier 2023, le sous-préfet de Valenciennes lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

3. La décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde de manière suffisamment détaillée, conformément aux exigences prévues par les dispositions précitées. Les mentions qu'elles comportent sont ainsi de nature à mettre en mesure le requérant d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle sur cette décision. La circonstance tirée de ce que la situation de l'emploi ne pouvait être opposée à M. A, qui a trait au fond du litige, est sans incidence sur le caractère motivé de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : / 1° S'agissant de l'emploi proposé : () b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de la décision contestée, que pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le sous-préfet de Valenciennes s'est fondé sur l'absence d'autorisation de travail valide, liée au défaut d'éléments permettant d'attester du dépôt de l'offre d'emploi par l'employeur du requérant auprès du service public de l'emploi, et l'absence d'adéquation entre le poste d'employé polyvalent de restauration rapide et le certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " peintre - applicateur de revêtements " obtenu par le requérant.

6. M. A, qui ne conteste pas l'absence de recherches de son employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail préalablement à la demande d'autorisation d'embauche, soutient qu'étant déjà salarié au sein de l'entreprise, son employeur n'avait pas de démarche particulière à accomplir. Toutefois, cette circonstance, alors que son employeur ne disposait d'aucune autorisation de travail pour ses deux premiers emplois, n'est pas de nature à l'exonérer de cette obligation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A résidait sur le territoire français depuis moins de six ans à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut de la présence en France de son frère aîné, de sa situation de concubinage avec une ressortissante de nationalité française depuis trois années et de la constitution d'un réseau amical sur le territoire français, il n'en justifie pas. Par ailleurs, si le requérant établit avoir suivi sa scolarité en France à compter de son entrée sur le territoire français et travailler depuis janvier 2022, ces éléments ne sont cependant pas suffisants pour caractériser, à la date de la décision attaquée, une insertion sociale et professionnelle stable et intense sur le territoire français. M. A n'est pas dépourvu de famille en Albanie, où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans et où demeurent ses parents ainsi que deux frères et une sœur. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 janvier 2023 refusant la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Au regard de ce qui a été indiqué précédemment, le moyen tiré de ce que la décision par laquelle le sous-préfet de Valenciennes a fait obligation à M. A de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut être qu'écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 janvier 2023 par laquelle le sous-préfet de Valenciennes lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Au regard de ce qui a été indiqué précédemment, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont pas illégales. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination, invoqué par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 janvier 2023 par laquelle le sous-préfet de Valenciennes a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le sous-préfet de Valenciennes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sous astreinte :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. A à fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

Mme Jaur, première conseillère,

Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Célino

Le président,

Signé

J.-M. Riou La greffière,

Signé

D. Wisniewski

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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