Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2302818
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2302818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2023, M. A C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle méconnait les dispositions du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnait l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2023, le préfet du Nord, représenté par la Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance du 4 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juin 2023.
M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention internationale des droits de l'enfant ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Leguin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, de nationalité algérienne, né le 21 juillet 1983 à Oran, est entré en France en 2009 selon ses déclarations. Il a sollicité le 19 août 2022 un certificat de résidence en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 18 janvier 2023 dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 23 décembre 2022, publié le 29 décembre 2022 au recueil spécial n° 305 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. D B, sous-préfet de Valenciennes pour signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour, accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise mentionnent tant les circonstances de fait que de droit sur lesquelles le préfet du Nord s'est fondé pour les édicter. Elles sont ainsi suffisamment motivées pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant étant prise en conséquence d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour suffisamment motivée et édictée sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux et attentif de la situation personnelle de M. C avant de prendre l'arrêté contesté. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Et d'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
6. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a pas entendu écarter l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a reconnu, le 5 août 2022, soit près de six mois après la naissance, être le père d'une enfant française née le 22 février 2022 à Valenciennes. Il ressort de ses déclarations qu'il est séparé de la mère de l'enfant avec qui il entretient des " relations fluctuantes " et qu'il a travaillé en Espagne entre janvier et août 2022. Il a par ailleurs précisé dans un courrier adressé à la préfecture le 28 septembre 2022 qu'il n'avait plus de contact avec la mère de l'enfant. En se bornant à produire des documents établissant qu'il a versé à la mère de l'enfant une somme de 110 euros en décembre 2022, et une somme de 100 euros en janvier 2023, ainsi que deux tickets d'achat de vêtements pour enfant, M. C n'établit pas subvenir effectivement aux besoins de l'enfant depuis sa naissance ou depuis au moins un an. Dans ces conditions, l'intéressé ne remplit pas les conditions prévues par le 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, les moyens tirés du défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour et de la méconnaissance du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.
8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. C déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2009 et s'y être maintenu irrégulièrement depuis, alors même qu'une décision portant obligation de quitter le territoire français avait été prise à son encontre le 18 janvier 2010. Il est célibataire et n'apporte aucun élément permettant de démontrer l'existence de liens familiaux et privés autres que ceux existant avec sa sœur, laquelle est seulement détentrice d'une autorisation provisoire de séjour, pas plus que la réalité d'une insertion particulière sur le territoire français. Enfin, M. C n'établit pas être isolé en cas de retour dans son pays d'origine où résident ses parents. Dès lors, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des objectifs pour lesquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point précédent, le moyen tiré l'erreur manifeste d'appréciation du préfet doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
12. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 7 que M. C, n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant qu'il a reconnu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle du requérant ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
16. En troisième lieu, dès lors que M. C n'établit pas l'existence d'une relation avec sa fille ainsi qu'il a été dit au point 12, il n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur de l'enfant aurait été méconnu et le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le délai de départ volontaire et contre la décision fixant le pays de destination :
18. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
19. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La présidente - rapporteure,
signé
A-M. LEGUIN
Le magistrat (plus ancien
dans l'ordre du tableau)
signé
J. BORGET La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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