jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril 2023 et 26 juin 2023, M. A B, représenté par Me Berthe, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à défaut de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît également les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'interdiction de retour peut être abrogée si l'intéressé remplit les conditions posées par l'article L. 613-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou, vice-président,
- les observations de Me Berthe, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 19 juillet 1988 est entré régulièrement en France le 19 septembre 2011 sous couvert d'un visa long séjour de type D portant la mention " étudiant ". Il s'est vu délivrer le 15 octobre 2011 un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " régulièrement renouvelé jusqu'au 14 octobre 2014, puis un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant ", valable du 19 novembre 2014 au 18 novembre 2015. Par un arrêté du 13 juin 2017, le préfet du Nord a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et a obligé M. B à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. La requête de l'intéressé tendant à l'annulation de ces décisions a été rejetée par un jugement du 15 mai 2018 du tribunal administratif de Lille. Le 5 septembre 2022, M. B a demandé au préfet du Nord la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " au titre de ses liens privés et familiaux en France. Par un arrêté du 24 mars 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 15 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du Nord n° 42, le préfet du Nord a donné délégation à M. C E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux des étrangers, à l'effet de signer, notamment les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire manque dès lors en fait et doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 10 du préambule de la Constitution de 1946 : " La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5 Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 19 septembre 2011 à l'âge de 23 ans pour y effectuer des études supérieures et n'avait pas alors vocation à s'établir durablement en France. Il s'est marié le 12 avril 2014 avec une ressortissante algérienne et le couple a eu deux enfants, nés en 2015 et 2017, avant de se séparer en juin 2019. Par jugement en date du 10 septembre 2020 le juge aux affaires familiales de Lille a notamment prononcé leur divorce, fixé la résidence des enfants au domicile de la mère et constaté l'état d'impécuniosité de M. B afin de le dispenser de toute contribution à l'éducation et l'entretien des enfants. Toutefois, le couple a repris une vie commune le 10 octobre 2020. Si sa concubine travaille en contrat à durée indéterminée et pourrait, selon le requérant, obtenir de plein droit un certificat de résidence d'une durée de dix ans à l'échéance de son titre de séjour, le préfet fait valoir, sans être contredit, que Mme D dispose d'un certificat de résidence valable seulement jusqu'au 14 novembre 2023. M. B ne justifie pas d'une insertion professionnelle, ayant cessé toute activité professionnelle depuis le 10 mars 2016 et étant par ailleurs démuni de titre de séjour depuis le 13 juin 2017. De même, les attestations de deux amis, qui portent au demeurant sur sa situation familiale et l'attestation de bénévolat de l'association les restaurants du cœur selon laquelle il a enseigné le français durant les années 2018 et 2019 sont insuffisantes pour établir une insertion ancienne, stable et durable en France. Par ailleurs, il n'établit ni qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine dans lequel vivent ses parents et ceux de sa concubine, ni que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer, l'ensemble de ses membres étant de nationalité algérienne, ni qu'il ne pourrait s'y réinsérer socialement et professionnellement au regard notamment de ses diplômes et expériences professionnelles acquis en France. Dans ces conditions, la décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence algérien n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, ni, en tout état de cause les dispositions de l'alinéa 10 du préambule de la Constitution de 1946.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et a, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, que pour prendre la décision obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet du Nord ait porté une attention insuffisante à l'intérêt supérieur de ses enfants, la cellule familiale pouvant se reconstituer en Algérie, pays dont l'ensemble des membres de la famille a la nationalité et dans lequel les enfants peuvent poursuivre leur scolarité. Par suite, cette autorité n'a pas méconnu les stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 7 du présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision faisant à M. B obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 5 à 8 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 du présent jugement que la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prise par le préfet du Nord sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui au demeurant peut être abrogée si M. B remplit les conditions posées par l'article L. 613-8 de ce code, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été au point 7 du présent jugement que le préfet du Nord, en interdisant le retour sur le territoire français à M. B pour une durée d'un an n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Riou, président,
- Mme Jaur, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
A. JaurLe président-rapporteur,
Signé
J.-M. Riou
La greffière,
Signé
S. Ranwez
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026