Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2303992
vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2303992 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mai et 8 juin 2023, M. A B, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 11 avril 2023 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement du 2° ou du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ou un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de lui délivrer un certificat de résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2023 par une ordonnance du 23 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Piou,
- et les observations de Me Weinberg, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 5 octobre 1992 à Staoueli (Algérie) déclare être entré irrégulièrement en France le 1er mai 2019. Le 11 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de française ou au titre de ses liens personnels et familiaux en France. Par les décisions litigieuses du 11 avril 2023, le préfet du Nord lui en a refusé la délivrance, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle et familiale de M. B, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en visant notamment l'accord franco-algérien et en faisant état de ses conditions d'entrée en France, de sa situation maritale et de ses attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a saisi le préfet du Nord d'une demande de certificat de résidence sur le fondement tant du 2° que du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet du Nord a, d'une part, examiné la possibilité de lui délivrer un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française et, d'autre part, examiné ses liens privés et familiaux en France. Si le requérant indique dans un courrier joint à sa demande de certificat de résidence sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, il ne saurait en être déduit qu'il entendait présenter une demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicable aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
4. En troisième lieu, en indiquant dans la décision litigieuse que l'intéressé ne peut se prévaloir, en dehors de son épouse, de liens personnels et familiaux d'une ancienneté, d'une intensité ou d'une stabilité telles qu'un refus opposé à sa demande de certificat de résidence porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, le préfet du Nord a porté une appréciation sur l'intensité de ses attaches en France mais n'a pas nié la présence de proches de M. B sur ce territoire. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur de fait ne peut qu'être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".
6. Il n'est pas contesté que M. B n'est pas entré régulièrement sur le territoire français. Par suite, le préfet du Nord n'a commis aucune erreur d'appréciation dans l'application des stipulations précitées en refusant sur ce fondement à l'intéressé la délivrance d'un certificat de résidence.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Et, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B, arrivé en France, selon ses propres déclarations, en mai 2019, a contracté mariage avec une ressortissante française le 27 février 2021, avec laquelle il justifie vivre depuis, à tout le moins, la fin de l'année 2020, au domicile des parents de son épouse. Toutefois, à la date de la décision litigieuse, leur mariage et la communauté de vie étaient relativement récents. Par ailleurs, s'il fait état de la présence de ses deux frères en France, dont un seulement apparait en situation régulière sur ce territoire, il n'établit pas par les seules pièces produites de l'intensité de leurs liens, et n'apparait pas isolé en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans et où résident a minima ses deux sœurs et un frère avec qui il n'établit pas avoir rompu tout lien. Enfin, il ne soutient ni même n'allègue qu'il ne pourrait se réinsérer professionnellement en Algérie et y recevoir des soins appropriés à son état de santé. Dans ces conditions, malgré les efforts d'intégration fournis par M. B depuis son arrivée en France, le préfet du Nord n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations précitées de l'accord franco-algérien et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
9. En dernier lieu, si le requérant invoque un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision litigieuse n'a pas été prise sur le fondement de ces dispositions, qui sont inapplicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, comme indiqué au point 3. Il suit de là que M. B ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de leur méconnaissance.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français invoqué au soutien des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent l'être également.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Bruneau, première conseillère,
Mme Piou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. PIOU
La présidente,
Signé
A-M. LEGUIN
La greffière,
Signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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