jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2304231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2023, M. B A, représenté par
Me Cabaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- le préfet ne justifie pas la compétence du signataire de cette décision ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 422-1, L. 412-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- le préfet ne justifie pas la compétence du signataire de cette décision ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- le préfet ne justifie pas la compétence du signataire de cette décision ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
11 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Huchette-Deransy ;
- et les conclusions de M. Borget, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien, né le 12 juillet 1998 à Djerba (Tunisie) est entré en France le 26 mars 2022 depuis l'Ukraine d'où il a fui le conflit armé. Bénéficiaire de la protection temporaire à son arrivée en France, il a sollicité, le 8 décembre 2022, un titre de séjour mention " étudiant ". Par l'arrêté attaqué du 17 février 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur le moyen commun tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 36 du 8 février 2023, le préfet du Nord a donné délégation à Mme Amélie Puccinelli, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Nord, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de la () direction de l'immigration et de l'intégration () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, l'article 11 de l'accord franco-tunisien stipule que :
" Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ".
4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an.
/ En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 412-1 de ce même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le préfet, en vertu de son pouvoir gracieux de régularisation peut délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant au demandeur qui ne peut présenter un visa de long séjour pour des cas très particuliers et en tenant compte des motifs pour lesquels le visa de long séjour ne peut être présenté, du niveau de formation de l'intéressé, ainsi que des conséquences que présenterait un refus de séjour pour la suite de ses études.
6. Pour refuser un titre de séjour en qualité d'étudiant à M. A, le préfet du Nord a constaté que l'intéressé ne disposait pas du visa long séjour prévu par l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne satisfaisait pas aux conditions d'exemption de présentation de ce visa. En se bornant à soutenir qu'il est nécessaire qu'il puisse valider son diplôme de licence sur le territoire français, qu'un retour en Tunisie pour l'instruction d'une demande de visa long séjour compromettrait nécessairement ses chances de réussite et serait contraire à la bonne poursuite de ses études en France compte tenu des délais d'instruction extrêmement longs, M. A n'établit nullement l'existence de circonstances particulières ou exceptionnelles lui permettant de se dispenser de ce visa.
7. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Nord, qui n'était pas tenu de dispenser M. A de présenter un visa de long séjour, a pu, sans entacher sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer le titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A n'est arrivé que récemment en France, dans un contexte de fuite du conflit ukrainien. Il est célibataire, sans charge de famille et ne fait état que de la présence d'un cousin à Clichy, sans établir l'existence d'autres liens privés et familiaux en France. De plus, il ne justifie pas être dépourvu de tout lien privé et familial en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. En outre, il n'a jamais séjourné en France avant son entrée en mars 2022 alors qu'il résidait en Ukraine selon ses déclarations depuis 2018 où il disposait d'un titre de séjour valable du 23 avril 2021 au
1er septembre 2023 en qualité d'étudiant. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation, doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 février 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise n'est pas, ainsi que cela a été exposé plus haut, entachée d'illégalité. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, d'une telle illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A, doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui ce qui a été dit au point 9, que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de celle fixant le pays de destination.
14. En second lieu, pour ces motifs et ceux retenus au point 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa vie personnelle.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A, à Me Cabaret et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia présidente,
- Mme Bonhomme, première conseillère,
- Mme Huchette-Deransy première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. Huchette-Deransy
La présidente,
Signé
J. Féménia
La greffière,
Signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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