Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304613

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formationjuge unique (6)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 mai 2023, le 23 mai 2023, le 14 juin 2023, le 16 juin 2023, le 25 juillet 2023 à 13 h 19 et à 13 h 30, M. A E, demande :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2023 du directeur régional de Pôle emploi Hauts-de-France confirmant la décision du 12 avril 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Saint-Martin-Boulogne a prononcé sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de quatre mois à compter du 12 avril 2023 ;

2°) d'enjoindre à Pôle emploi de le réinscrire sur la liste des demandeurs d'emploi.

Il soutient que :

- ne pas être titulaire du permis de conduire et n'avoir personne pour le conduire à ses rendez-vous ;

- il a dû effectuer des réparations sur sa mobylette ;

- il a eu un différend avec son conseiller M. F C ou Mignot, lequel a été mis à pied une semaine à la suite de propos tenus à son encontre ;

- il ne comprend pas pourquoi il ne lui est pas proposé des entretiens par visio-conférence ;

- la radiation en litige l'empêche de postuler auprès de recruteurs sollicitant un document de Pôle emploi.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 juin 2023, le 21 juillet 2023 et le 10 octobre 2023, Pôle emploi Hauts-de-France, désormais dénommé France Travail, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés, les demandeurs d'emploi devant honorer tous les rendez-vous fixés, quelle que soit la modalité d'échange prévue, et l'absence de moyen de transport ne constituant pas un motif légitime d'absence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fougères, premier conseiller, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E a été régulièrement inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi. A la suite d'un rendez-vous non honoré le 9 juin 2022, par un courrier du 8 juillet 2022, il a été informé de ce qu'il était radié de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée d'un mois. De nouveau absent au rendez-vous fixé le 13 octobre 2022, M. E a fait l'objet d'une nouvelle décision de radiation par courrier du 2 novembre 2022 pour une durée de deux mois à compter du 2 novembre 2022. M. E s'est réinscrit à Pôle emploi mais par un courrier du 20 mars 2023, le directeur de l'agence Pôle emploi de Saint-Martin-Boulogne l'a informé qu'il envisageait de prendre à son égard une mesure de radiation pour une durée allant de un à quatre mois au motif qu'il ne s'était pas présenté à un entretien prévu le 15 mars 2023 auquel il avait été convoqué par un courrier du 3 mars 2023, et l'a invité à expliquer les raisons de son absence dans un délai de dix jours. A défaut de réponse, par une décision du 12 avril 2023, le directeur de l'agence Pôle emploi de Saint-Martin-Boulogne a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi à compter de cette date, pour une période de quatre mois. Le requérant a formé un recours gracieux. Par une décision du 27 avril 2023, le directeur régional de Pôle emploi Hauts-de-France a confirmé la décision de radiation, en application du 3° de l'article L. 5412-1du code du travail, pour absence de présentation à un rendez-vous, pour une durée de quatre mois, en l'absence de justificatif probant. Conformément à l'article R. 5412-8 du code du travail, M. E a vainement engagé une médiation auprès du médiateur régional de Pôle emploi. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5412-8 du code du travail : " La personne qui entend contester une décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi engage une médiation auprès du médiateur régional de Pôle emploi dans les conditions prévues aux articles R. 213-10 à R. 213-13 du code de justice administrative ".

3. M. E demande au tribunal d'annuler la décision du 27 avril 2023 par laquelle le directeur régional de Pôle emploi a confirmé sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de quatre mois. Toutefois, cette décision prise sur recours gracieux ne s'est pas substituée à la décision initiale du 12 avril 2023. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 avril 2023 doivent être regardées comme dirigées également contre la décision initiale du 12 avril 2023.

4. En second lieu, si M. E a indiqué dans des courriels adressés à Pôle emploi, qu'il a versés aux débats, que le présent litige porte sur les radiations dont il a fait l'objet, le requérant n'a pas présenté de conclusions à fin d'annulation à l'encontre des autres décisions de radiation pour lesquelles il ne résulte en tout état de cause pas de l'instruction qu'il aurait saisi le médiateur régional de Pôle emploi.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la radiation prononcée à compter du 12 avril 2023 :

5. L'article L. 5411-1 du code du travail dispose : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle Emploi. ". Aux termes de l'article L. 5411-6 du même code : " Le demandeur d'emploi immédiatement disponible pour occuper un emploi est orienté et accompagné dans sa recherche d'emploi par Pôle emploi. Il est tenu de participer à la définition et à l'actualisation du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 (). ". Aux termes de l'article L. 5412-1 du code précité : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : () 3° Soit, sans motif légitime : () c) Est absente à un rendez-vous avec les services et organismes mentionnés à l'article L. 5311-2 ou mandatés par ces services et organismes ; () ". Aux termes de l'article R. 5412-5 du même code : " La radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription : () 1° Pendant une période d'un mois lorsqu'est constaté pour la première fois le manquement mentionné au c du 3° de l'article L. 5412-1. En cas de deuxième manquement, cette période est portée à une durée de deux mois consécutifs. A partir du troisième manquement, cette période est portée à une durée de quatre mois consécutifs ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au demandeur d'emploi qui ne répond pas à une convocation de Pôle emploi d'établir l'existence d'un motif légitime de nature à justifier cette absence.

6. Il résulte de l'instruction que M. E, alors âgé de 57 ans, a été convoqué par un courrier de Pôle emploi du 3 mars 2023 pour un rendez-vous fixé le 15 mars 2023 à 8h45 à l'agence Pôle emploi se trouvant dans la zone d'aménagement concerté Montjoie, sur la commune de Saint-Martin-Boulogne. Le requérant, célibataire sans enfant, soutient, sans être contesté, ne pas disposer du permis de conduire et n'avoir personne pour le conduire à ses rendez-vous. Il résulte de l'instruction que le lieu de rendez-vous fixé se situe à 18 kilomètres du domicile du requérant, soit une vingtaine de minutes en voiture ou une heure dix à bicyclette. Toutefois, ce dernier reconnaît disposer d'une mobylette et s'il évoque le fait qu'il a dû effectuer à ses frais des travaux de réparation pour un montant de 90 euros, il ne justifie pas, ni même ne soutient, que cette mobylette n'était pas en état de fonctionnement le 15 mars 2023. En outre, par les pièces qu'il produit, et notamment par la communication d'un courrier manuscrit non daté dont il n'est pas établi qu'il ait été envoyé à Pôle emploi, il ne justifie pas avoir prévenu son conseiller de l'impossibilité d'honorer son rendez-vous ce jour-là et avoir sollicité un report de celui-ci. Dans ces circonstances, sans qu'importe la circonstance qu'il ait pu avoir un différend avec son précédent conseiller de Pôle emploi, sa conseillère à la date des faits litigieux étant Mme B D et le rendez-vous en litige devant avoir lieu avec Mme G, M. E n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision du 12 avril 2023, ni celle du 27 avril 2023.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à France Travail Hauts-de-France.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière