jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2304811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2023 et le 24 février 2024, Mme B A, représentée par Me Cabaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Cabaret, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, sous réserve que Me Cabaret renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Mme A soutient que :
S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- elle méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que la rupture de la vie commune résulte des violences imposées par son époux ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale, en l'absence de risque de fuite ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.
Par une ordonnance du 12 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dang,
- et les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 1er septembre 2000, a demandé le 2 novembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 16 mars 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il est motivé de façon très circonstanciée et comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles reposent les décisions en litige, alors même qu'il ne reprend pas tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Les moyens tirés du défaut de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent donc être écartés.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
4. Si Mme A établit par les pièces produites, notamment le certificat du médecin légiste du 3 décembre 2021, et le jugement de divorce prononcé le 6 mai 2024 aux torts exclusifs de son époux, avoir été victime de violences durant la période de vie commune entre les mois de septembre et novembre 2021, il ressort des pièces du dossier que sa durée de séjour sur le territoire français est limitée. Si elle se prévaut d'attestations d'apprentissage du français, d'un contrat d'apprentissage en qualité de serveuse dans le secteur de l'hôtellerie et de la restauration conclu postérieurement à la décision en litige, Mme A ne justifie pas de liens privés particuliers noués en France depuis son arrivée. Enfin, elle n'établit, ni n'allègue sérieusement aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'elle poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt et un an, ni qu'elle serait dans l'impossibilité de se réinsérer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations précitées de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ou aurait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence algérien.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision portant fixation du pays de destination :
9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant fixation du pays de destination ne peut qu'être écarté.
10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision portant fixation du pays de destination doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet du Nord.
Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Dang, première conseillère,
Mme Barre conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le président,
Signé
Signé
M. PAGANEL
La rapporteure,
Signé
L. DANGLa greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
La greffière,
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