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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304820

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304820

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304820
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné le recours de M. A, ressortissant nigérian, contre un arrêté préfectoral du 24 mars 2023 refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a constaté que le requérant avait obtenu un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 30 septembre 2024, ce qui rendait sans objet les conclusions principales de la requête. En conséquence, il a prononcé un non-lieu à statuer sur les demandes d'annulation et d'injonction. Sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le tribunal a mis à la charge de l'État le versement de 2 000 euros à l'avocat de M. A, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2023, M. B A, représenté par Me Fourdan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer un titre de séjour, et à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son avocat, Me Fourdan, une somme de deux-mille euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, sous réserve que Me Fourdan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête en soutenant qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2023.

Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2024, M. A, représenté par Me Fourdan, conclut au non-lieu à statuer et à ce que soit mis à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de Me Fourdan en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique. Il fait valoir qu'il a été mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 30 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dang,

- et les observations de Me Fourdan, avocat de M. A.

Une note en délibéré a été produite le 11 octobre 2024 par Me Fourdan qui a indiqué ne pas se désister de son action.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2016, un an après sa compagne et compatriote Mme C avec qui il est parent de quatre enfants nées en France : Camille A née le 9 février 2016, Odumawhen A née le 26 janvier 2019, Ebuwa A née le 16 mars 2020 et Aghayense Okroro née le 20 mai 2021. La famille, présente sur le territoire français depuis 7 ans à la date de la décision attaquée, est hébergée depuis son arrivée par la communauté Emmaüs au sein de la Halte Saint Jean sur la commune de Saint-André depuis l'année 2018. Il ressort des nombreuses attestations de professionnels produites par le requérant que les enfants, qui n'ont jamais vécu au Nigéria, ont toutes été prises en charge dans une crèche, que l'aînée Camille est régulièrement scolarisée et que l'ensemble de la fratrie fréquente le centre de loisirs. Si le préfet du Nord a retenu que le requérant ne justifiait pas d'une réelle insertion, il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment de l'attestation établie par la directrice de la " halte Saint-Jean " que M. A est engagé dans une activité bénévole auprès de la communauté Emmaüs, contrepartie de l'hébergement. M. A justifie au moyen de nombreuses attestations avoir noué des relations suivies au sein de la communauté Emmaüs où il réside. Il établit avoir été convoqué au mois de mai 2023 en vue de l'enregistrement d'une demande d'asile pour les quatre enfants issus de son union avec Mme C. Si la convocation en vue de l'enregistrement de cette demande est postérieure à l'édiction de la décision attaquée, elle se rapporte à des éléments antérieurs tenant aux craintes exprimées que leurs filles soient exposées à l'instar de leur mère à des mutilations sexuelles. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet du Nord, en refusant de l'admettre au séjour, a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été édicté et qu'il a, dès lors, méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2023.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate Me Fourdan peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Fourdan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Fourdan de la somme 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet du Nord du 24 mars 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Fourdan, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, sous réserve que Me Fourdan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fourdan et au préfet du Nord.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Dang première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le président,

Signé

Signé

M. PAGANEL

La rapporteure,

Signé

L. DANGLa greffière,

Signé

Signé

D. WISNIEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

La greffière,

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