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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2304900

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304900

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2023, M. B D, représenté par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de reconnaissance de la qualité d'apatride ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de lui octroyer la qualité d'apatride dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de procéder au réexamen de sa demande et prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision contestée ait été signée par une personne qui était compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article premier de la convention de New York du 20 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. D par une décision du 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York du 20 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lemée a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 19 septembre 2022, M. B D, né le 30 octobre 2000 à Hambourg (Allemagne), a sollicité la reconnaissance de la qualité d'apatride auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par une décision du 21 février 2023, dont il demande l'annulation, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par une décision du 17 février 2023, régulièrement mise en ligne le jour-même sur le site internet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a donné délégation à Mme C A, cheffe de bureau, à l'effet de signer, notamment, tous actes individuels pris en application de l'article L. 582-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la décision attaquée, que le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'est livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article premier de la convention de New-York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : " () Le terme apatride désigne une personne qu'aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation () ". Aux termes de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention. " Aux termes de l'article L. 582-2 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1 () ". Il incombe à toute personne se prévalant de la qualité d'apatride d'apporter la preuve qu'en dépit de démarches répétées et assidues, l'État de la nationalité duquel elle se prévaut a refusé de donner suite à ses démarches.

6. Pour rejeter la demande tendant à la reconnaissance de la qualité d'apatride présentée par M. D, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a considéré que les identité et état civil de l'intéressé ne peuvent être indubitablement établis et qu'il n'a pas rapporté la preuve de son apatridie.

7. En l'espèce, d'une part, M. D ne conteste pas le motif tiré de ce qu'il n'établit pas ses identité et état civil. D'autre part, si M. D se prévaut d'une attestation datée du 30 mai 2022 émanant des autorités allemandes indiquant qu'il n'est pas de nationalité allemande et d'une attestation datée du 28 juillet 2022 émanant des autorités monténégrines indiquant qu'il n'est pas inscrit au registre des citoyens du Monténégro, de tels documents ne sont pas de nature à établir l'existence de démarches répétées et assidues au terme desquelles la nationalité monténégrine lui aurait été refusée, alors que l'attestation émise par les autorités monténégrines n'est pas, à elle seule, de nature à démontrer que cet Etat refuse de le reconnaître comme l'un de ses ressortissants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article premier de la convention de New York du 20 septembre 1954 relative au statut des apatrides et des dispositions précitées de l'article L. 582-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, la décision qui attribue ou refuse d'attribuer la qualité d'apatride n'a, par elle-même, ni pour objet, ni pour effet de conférer ou de retirer au demandeur le droit de séjourner en France. Une personne dont la demande de reconnaissance de la qualité d'apatride a été rejetée ne saurait dès lors utilement soutenir que le refus qui lui a été opposé aurait porté à son droit du respect de sa vie familiale une atteinte contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. LEMÉE

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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