Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2304905

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2304905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 29 juin 2023, M. A C, représenté par Me Teti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2023 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant ;

2°) d'enjoindre à ce préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est irrecevable dès lors qu'il n'a pas été procédé au réexamen de sa situation dans le délai imparti par le jugement de ce tribunal du 13 juillet 2022 ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il entre dans le champ d'application de l'exemption de visa de long séjour prévue à l'article L. 422-1 et au 1° de l'article L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions du 13° de l'article R. 431-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'un visa d'une durée supérieure à trois mois.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête sont infondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 10 août 2023 par une ordonnance du 7 juillet 2023.

Les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables aux ressortissants ivoiriens sollicitant leur admission au séjour en qualité d'étudiant, par les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992, cette substitution de base légale n'ayant pas pour effet de priver le requérant d'une garantie et l'administration disposant du même pouvoir d'appréciation pour appliquer ces deux textes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Piou,

- et les observations de Me Teti, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 5 août 1998 à Yacolidabouo (Côte d'Ivoire), est entré en France le 14 août 2015, sous couvert d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 13 janvier 2018, le préfet du Nord a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, devenu définitif. Le 7 février 2020, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui lui a été refusé par une décision du 13 mai 2020, laquelle a été annulée par un jugement de ce tribunal du 13 juillet 2022 n° 2004680, qui a en outre enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai d'un mois suivant notification. Par un arrêté du 5 mai 2023, le préfet du Nord a à nouveau refusé de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité d'étudiant, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur ce territoire pendant deux ans. L'intéressé demande au tribunal d'annuler la décision précitée du 5 mai 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la circonstance que le préfet du Nord n'ait pas réexaminé la situation de l'intéressé dans le délai qui lui avait été fixé par le jugement de ce tribunal du 13 juillet 2022 est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.

3. En deuxième lieu, d'une part, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". Aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures () sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi () ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " () ". Aux termes de l'article 10 de cette convention : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les ressortissants ivoiriens doivent posséder un titre de séjour () ". Enfin, aux termes de l'article 14 de cette convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision litigieuse : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le préfet du Nord s'est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé n'était pas en mesure de justifier d'un visa de long séjour, sans justifier pouvoir être exempté de cette condition.

6. Il résulte des stipulations précitées de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne que l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas applicable aux ressortissants ivoiriens désireux de poursuivre des études supérieures en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cette convention. Par suite, la décision litigieuse ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision litigieuse aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut, au besoin d'office, substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, la décision litigieuse trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne. Ces stipulations doivent être substituées à celles de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que leur application n'a pas pour effet de priver M. B d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes.

8. Les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne, seules applicables en l'espèce, subordonnent la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant à la justification de moyens d'existence suffisants ainsi qu'à la présentation d'un certificat de pré-inscription ou d'inscription et à celle d'un visa de long séjour. Elles ne prévoient pas de dispense à l'obligation de présentation d'un tel visa.

9. Il résulte ainsi de ce qui précède que, la situation de l'intéressé étant exclusivement régie par les stipulations de l'article 9 de cette convention, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux conditions de délivrance des titres de séjour en qualité d'étudiant, qui n'étaient au demeurant plus en vigueur à la date de la décision litigieuse, ainsi que des dispositions des articles L. 412-3 et L. 422-1 du même code sont, par suite, inopérants.

10. Par ailleurs, à supposer que le requérant ait entendu se prévaloir des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-ivoirien, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé ait disposé d'un visa de long séjour l'autorisant à séjourner sur le territoire français plus de trois mois, le visa dont il se prévaut étant un visa à entrées multiples ne l'autorisant pas à séjourner plus de 90 jours sur ce territoire. Par ailleurs, compte tenu de ce qui a été rappelé au point 8, l'intéressé ne peut se prévaloir d'un droit à bénéficier d'une exemption de visa de long séjour alors que l'accord franco-ivoirien ne prévoit pas une telle possibilité. Enfin, si M. B soutient qu'il disposait de moyens d'existence suffisants au sens des stipulations précitées, il se borne à produire des mandats cash datés des années 2017 et 2018, soit bien antérieurs à la décision attaquée, et portant au demeurant sur des montants insuffisants pour satisfaire la condition requise par ces stipulations. Par suite, un tel moyen ne peut également qu'être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont dispensés de souscrire une demande de carte de séjour : () 13° Les étrangers mentionnés aux articles L. 422-1, L. 422-2 et L. 422-5 séjournant en France sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois et au plus égale à un an et portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité ", pendant la durée de validité de ce visa ; () ".

12. Le requérant, qui ne justifie par aucune pièce avoir été mis en possession d'un visa de long séjour valant titre de séjour, ne peut davantage utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Bruneau, première conseillère,

Mme Piou, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. PIOU

La présidente,

Signé

A-M. LEGUINLa greffière,

Signé

S. SING

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,