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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2305086

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2305086

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2305086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 février 2023 pris par le préfet du Nord en tant que cet arrêté a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et ce, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vergnole, avocate de Mme A, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus du titre du séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été pris de manière collégiale en méconnaissance des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision litigieuse a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les signatures apposées ne permettent pas d'identifier les médecins membres du collège de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et circonstancié de sa situation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et circonstancié de sa situation ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et sérieux ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation au regard de l'application des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a présenté des observations, enregistrées le 15 juin 2023.

Par une ordonnance du 9 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 11 septembre 2023 à 12 heures 00.

Un mémoire, enregistré le 11 septembre 2023, a été présenté pour Mme A.

Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;

- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'OFII de leurs missions ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Riou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, de nationalité sénégalaise, née le 1er septembre 1988 à Dakar (Sénégal), déclare être entrée en France le 10 août 2020. Elle a sollicité auprès de l'Office français de protection et des réfugiés (OPFRA) son admission au titre de l'asile le 26 janvier 2021. Cette demande a été rejetée le 26 mars 2021, et notifiée le 12 mai 2021. Le 21 octobre 2021, l'intéressée a sollicité auprès des services de la préfecture du Nord un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé ". Par un arrêté en date du 14 février 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé le récépissé de sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, l'intéressée demande au tribunal l'annulation de cet arrêté, à l'exception de la décision abrogeant le récépissé de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions litigieuses :

2. Les décisions contestées, qui n'avaient pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme A, énoncent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions portant refus de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire () ".

4. Les dispositions citées au point précédent, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII rendu le 2 mai 2022, produit par le préfet du Nord en défense, mentionne l'identité de ses auteurs, régulièrement désignés par une décision du directeur général de cet office du 1er octobre 2021 et comporte leurs signatures. Cet avis a été rendu par trois médecins de l'OFII qui sont parfaitement identifiés et qui l'ont signé. Par ailleurs, il ressort de cet avis ainsi que de son bordereau de transmission à la préfecture que le médecin ayant établi le rapport médical sur l'état de santé de Mme A est identifié nommément et n'a pas siégé au sein du collège de médecins, conformément aux dispositions précitées des articles R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure, qui se borne, sans le moindre commencement de preuve, à mettre en doute l'existence et la signature de l'avis collégial, doit être écarté en toutes ses branches.

6. En deuxième lieu, pour refuser à Mme A de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour " raisons de santé ", le préfet a estimé, en se fondant notamment sur l'avis émis par le collège de médecin de l'OFII précité, que l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé, à la date de l'avis, peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a levé le secret médical dans la présente instance, souffre d'endométriose pelvienne profonde, qui a nécessité une intervention chirurgicale le 15 octobre 2021, pour évacuation d'hématosalpinx. Elle suit un traitement contre cette maladie, et contre l'infertilité qui en résulte. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, notamment pas des documents médicaux produits, y compris une échographie du 23 mai 2023, postérieure à la décision attaquée mais pouvant être prise en compte au regard des caractéristiques de cette pathologie d'évolution lente, que l'interruption du suivi ou du traitement aurait pour l'intéressée des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour aurait été édictée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, célibataire et sans enfant, déclare être entrée en France le 10 août 2020, irrégulièrement, à l'âge de 32 ans. Elle a fait une demande d'asile le 8 février 2021, rejetée le 26 mars 2021 et notifié le 12 mai 2021. En l'absence de contestation de cette décision, elle doit être regardée comme s'étant maintenue de manière irrégulière sur le territoire français jusqu'au dépôt de sa demande le 21 octobre 2021, où elle a reçu un récépissé comme l'atteste la décision litigieuse qui abroge ce récépissé. Par ailleurs, elle ne fait état d'aucune attache privée et familiale d'une particulière intensité sur le territoire français à l'exception, d'une sœur, qui serait titulaire d'un titre de séjour mais dont elle n'a pas mentionné l'existence dans sa demande de titre de séjour, comme le fait valoir le préfet en défense. En outre, elle ne conteste pas la présence de son père dans son pays d'origine. Elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

9. En dernier lieu, si Mme A affirme que la décision portant refus de titre de séjour est dépourvue d'examen sérieux et particulier de sa situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être rejeté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation à quitter le territoire français :

11. En premier lieu, Mme A, de nationalité sénégalaise, et non de nationalité algérienne comme le soutient son avocate, n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la requérante démontre être atteinte d'endométriose, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle indique suivre un traitement pour cette pathologie. De même, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas suivre un traitement dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur l'état de santé de l'intéressée doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés plus haut.

15. En dernier lieu, si Mme A affirme que la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue d'examen sérieux et particulier de sa situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision portant obligation à quitter le territoire français dans un délai de trente jours doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision fixant pays de destination :

17. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de destination.

18. En deuxième lieu, la requérante n'établit pas qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier, dans son pays d'origine, d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur l'état de santé de l'intéressé doit être écarté.

19. En dernier lieu, si Mme A affirme que la décision portant fixation du pays de destination est dépourvue d'examen sérieux et particulier de sa situation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, Mme A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

23. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

24. Compte tenu de la situation personnelle de Mme A, de son arrivée sur le territoire français en 2020, du refus de sa demande d'asile, de l'absence d'attache privée et familiale en France d'une particulière intensité et de sa situation dans son pays d'origine où elle n'est pas dépourvue de liens privés et familiaux, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an doivent être rejetées.

26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requérante à fin d'injonction, sous astreinte, et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Vergnole et au préfet du Nord.

Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

J.-M. Riou L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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