mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2305830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et un mémoire, enregistrés les 26 juin 2023 et 4 décembre 2023, le préfet du Nord demande au tribunal d'annuler les lots 1 à 3 et 5 à 7 de l'accord-cadre de fourniture de denrées alimentaires pour les services de restauration de la régie gravelinoise des équipements sports et loisirs.
Il soutient que :
- les avenants prenant en compte la loi n° 2021-1109 confortant le respect des principes de la République n'ont pas été signés ;
- le principe de transparence a été méconnu s'agissant des lots 1, 3 et 7, dès lors que les critères au titre de la qualité et de la valeur technique ont été neutralisés en raison de l'attribution de notes identiques aux différentes sociétés candidates.
Le déféré a été communiqué à la régie gravelinoise des équipements sports et loisirs, à la société Sysco France SAS, à la société Pruvost Leroy, à la société Pomona Passion Froid SA et à la société Pomona Epaviseurs qui n'ont pas produit de mémoire.
La clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2024 à 12 heures 00 par une ordonnance du 3 janvier 2024.
Des pièces, enregistrées le 17 juillet 2024, ont été produites par la régie gravelinoise des équipements sports et loisirs à la demande du tribunal et communiquées sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Des pièces, enregistrées le 17 juillet 2024, ont été produites par le préfet du Nord à la demande du tribunal et communiquées sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemée,
- et les conclusions de M. Even, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 septembre 2022, la régie gravelinoise des équipements sports et loisirs (RGESL) a lancé une consultation, selon la procédure d'appel d'offres ouvert, en vue de l'attribution d'un accord-cadre divisé en sept lots ayant pour objet la fourniture de denrées alimentaires pour une valeur totale estimée de 500 000 euros hors taxes. Le lot n° 1 Produits élaborés et surgelés a été attribué à la société Sysco France SAS, le lot n° 2 Viandes et volailles fraîches à la société Pruvost Leroy, le lot n° 3 Charcuteries et salaisons à la société Sysco France SAS, le lot n° 5 Produits et ovo produits à la société Pomona Passion Froid SA, le lot n° 6 Epicerie à la société Pomona Epaviseurs et le lot n° 7 Entrées froides et produits frais à la société Sysco France SAS. Le préfet du Nord demande au tribunal d'annuler l'attribution de ces six lots.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité. Si le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, peuvent invoquer tout moyen à l'appui du recours ainsi défini, les autres tiers ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Le tiers agissant en qualité de concurrent évincé de la conclusion d'un contrat administratif ne peut ainsi, à l'appui d'un recours contestant la validité de ce contrat, utilement invoquer, outre les vices d'ordre public, que les manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat qui sont en rapport direct avec son éviction.
3. Saisi ainsi par un tiers dans les conditions définies ci-dessus, de conclusions contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses, il appartient au juge du contrat, après avoir vérifié que l'auteur du recours autre que le représentant de l'Etat dans le département ou qu'un membre de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné se prévaut d'un intérêt susceptible d'être lésé de façon suffisamment directe et certaine et que les irrégularités qu'il critique sont de celles qu'il peut utilement invoquer, lorsqu'il constate l'existence de vices entachant la validité du contrat, d'en apprécier l'importance et les conséquences. Ainsi, il lui revient, après avoir pris en considération la nature de ces vices, soit de décider que la poursuite de l'exécution du contrat est possible, soit d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un délai qu'il fixe, sauf à résilier ou résoudre le contrat. En présence d'irrégularités qui ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et qui ne permettent pas la poursuite de l'exécution du contrat, il lui revient de prononcer, le cas échéant avec un effet différé, après avoir vérifié que sa décision ne portera pas une atteinte excessive à l'intérêt général, soit la résiliation du contrat, soit, si le contrat a un contenu illicite ou s'il se trouve affecté d'un vice de consentement ou de tout autre vice d'une particulière gravité que le juge doit ainsi relever d'office, l'annulation totale ou partielle de celui-ci. Il peut enfin, s'il en est saisi, faire droit, y compris lorsqu'il invite les parties à prendre des mesures de régularisation, à des conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice découlant de l'atteinte à des droits lésés.
4. En premier lieu, aux termes de l'article premier de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République : " () II. - Lorsqu'un contrat de la commande publique, au sens de l'article L. 2 du code de la commande publique, a pour objet, en tout ou partie, l'exécution d'un service public, son titulaire est tenu d'assurer l'égalité des usagers devant le service public et de veiller au respect des principes de laïcité et de neutralité du service public. Il prend les mesures nécessaires à cet effet et, en particulier, il veille à ce que ses salariés ou les personnes sur lesquelles il exerce une autorité hiérarchique ou un pouvoir de direction, lorsqu'ils participent à l'exécution du service public, s'abstiennent notamment de manifester leurs opinions politiques ou religieuses, traitent de façon égale toutes les personnes et respectent leur liberté de conscience et leur dignité. / Le titulaire du contrat veille également à ce que toute autre personne à laquelle il confie pour partie l'exécution du service public s'assure du respect de ces obligations. Il est tenu de communiquer à l'acheteur chacun des contrats de sous-traitance ou de sous-concession ayant pour effet de faire participer le sous-traitant ou le sous-concessionnaire à l'exécution de la mission de service public. / Les clauses du contrat rappellent ces obligations et précisent les modalités de contrôle et de sanction du cocontractant lorsque celui-ci n'a pas pris les mesures adaptées pour les mettre en œuvre et faire cesser les manquements constatés. () ".
5. Il résulte de l'instruction que l'accord-cadre litigieux relatif à la fourniture de denrées alimentaires pour les services de restauration de la RGESL n'a pas pour objet, en tout ou partie, l'exécution d'un service public. Dès lors, l'accord-cadre n'avait pas à comporter de clauses relatives aux obligations imposées par les dispositions précitées de l'article premier de la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021. Le moyen doit donc être écarté.
6. En second lieu, le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
7. Le préfet du Nord soutient que le principe de transparence a été méconnu s'agissant des lots 1, 3 et 7, dès lors que les critères au titre de la qualité et de la valeur technique ont été neutralisés en raison de l'attribution de notes identiques aux différentes sociétés candidates. Toutefois, la seule circonstance que l'ensemble des sociétés candidates aux lots 1, 3 et 7 de l'accord-cadre aient toutes obtenu la note maximale n'est pas de nature, à elle seule, à établir que la méthode de notation est irrégulière ou le caractère inopérant de ces critères. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'analyse des offres, que la RGESL a analysé sérieusement les offres des candidats s'agissant des critères de la qualité et de la valeur technique et ne leur a pas arbitrairement attribué la même note, alors que, ainsi que l'a indiqué la RGESL dans le courrier du 8 septembre 2023 produit par le préfet, les candidats proposent des produits similaires et de qualité quasi identique et ont présenté des dossiers solides, complets et très similaires. Dans ces conditions, la RGESL n'a pas méconnu le principe de transparence. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède, alors que le préfet du Nord doit être regardé comme ayant abandonné, par son mémoire du 4 décembre 2023, le moyen tiré de l'absence de transmission au contrôle de légalité de l'information des sociétés candidates du rejet de leur candidature ou de leur offre et de la délibération autorisant le représentant de la RGESL à passer le marché public, que le préfet du Nord n'est pas fondé à demander l'annulation des lots 1 à 3 et 5 à 7 de l'accord-cadre de fourniture de denrées alimentaires pour les services de restauration de la régie gravelinoise des équipements sports et loisirs.
D E C I D E :
Article 1er : Le déféré du préfet du Nord est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Nord, à la régie gravelinoise des équipements sports et loisirs, à la société Sysco France SAS, à la société Pruvost Leroy, à la société Pomona Passion Froid SA et à la société Pomona Epaviseurs.
Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
M. LEMÉE
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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