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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2306592

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2306592

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2306592
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUHAJJA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2023, M. A D, représenté par Me Bouhajja, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé le récépissé de demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle porte atteinte à son droit à l'éducation, à l'instruction et à la formation tel qu'il est reconnu par l'alinéa 13 de la Constitution du 27 octobre 1946, par l'article 2 du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendé par le protocole n° 11, et par les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'éducation ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lançon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 18 octobre 2001, est entré en France le 24 septembre 2019, muni d'un visa de long séjour de type D portant la mention " étudiant ", valable du 15 septembre 2019 au 14 avril 2020. Il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " valable du 18 octobre 2019 au 17 octobre 2020, régulièrement renouvelé jusqu'au 20 janvier 2023. Il en a demandé, le 22 décembre 2022, le renouvellement. Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a abrogé le récépissé de demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté précité du 21 juin 2023.

Sur la compétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié le même jour au recueil n°092 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. B C, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers et signataire des décisions en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre au requérant d'en comprendre et d'en discuter les motifs, et pour permettre au juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'alinéa 1er du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

5. Il ressort des pièces du dossier que si M. D a validé sa 1ère année de licence en Sciences exactes et Sciences pour l'ingénieur au titre de l'année 2019-2020, il a été ajourné en 2ème année de licence (L2) Informatique au titre de l'année universitaire suivante. Ayant redoublé, l'intéressé a de nouveau été ajourné au titre de l'année universitaire 2021-2022. Si l'arrêté attaqué mentionne que l''intéressé est inscrit pour une troisième fois en 2ème année de licence Informatique, pour l'année 2022-2023, il n'est produit aucun élément quant à l'assiduité et aux résultats obtenus, alors que cette année universitaire était quasiment achevée à la date de la décision attaquée. M. D fait valoir que ses deux échecs consécutifs s'expliquent par le contexte de crise sanitaire qui a entraîné l'interruption des cours en présentiel, le mettant ainsi en difficulté, sans toutefois produire aucune pièce à l'appui de ses affirmations, en particulier relatives aux répercussions de cette situation sur son assiduité ou son état de santé. Dans ces conditions, et bien qu'il ait été assidu pendant l'année de son redoublement, et que sa moyenne ait progressé au cours de ses deux années de L2 Informatique, en considérant qu'il ne justifiait pas de la réalité et du sérieux de ses études, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des stipulations du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le moyen doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, si l'intéressé soutient que la décision attaquée méconnaît les articles L. 111-1 et L. 111-2 du code de l'éducation, l'article 2 du protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales tel qu'amendé par son protocole n° 11 et à l'alinéa 13 de la Constitution du 27 octobre 1946, la décision en litige n'a pas pour objet de restreindre le droit de M. D à l'instruction et il ne ressort pas des pièces du dossier, en outre, qu'elle aurait un tel effet, aucun élément ne permettant d'établir que le requérant ne pourrait poursuivre ses études en Algérie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le droit de M. D à l'instruction, à l'éducation et à la formation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, en soutenant que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus, le requérant doit être regardé comme soutenant que la décision en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes duquel : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D, célibataire et sans charge de famille, est entré relativement récemment en France, le 24 septembre 2019. S'il fait valoir que son frère, titulaire d'un certificat de résidence algérien en cours de validité, est présent sur le territoire français, il n'établit pas l'intensité des liens qu'ils entretiendraient. En outre, si le requérant justifie être licencié du club sportif Lille CROUS FC pour l'année 2021-2022, il ne démontre pas disposer en France de liens sociaux d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité. Enfin, il n'est pas contesté que M. D n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident ses parents. Aussi, en considérant que sa décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs du refus, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Le moyen doit donc être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2023 portant refus de titre de séjour.

Sur l'autre moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de celle de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a abrogé le récépissé de demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

signé

L.-J. Lançon

Le président,

signé

J.-M. Riou

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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