Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2307172
mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2307172 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 août 2023, M. A B, représenté par Me Maachi, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 28 juin 2023 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elles sont entachées d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur de fait quant à la conduite d'un véhicule sans permis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Lançon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 6 mars 1981, est entré en France le 16 juillet 2017, muni d'un visa de court séjour de type C, valable du 1er mars 2017 au 27 août 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 mars 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile qui a rejeté le recours de l'intéressé par une décision du 27 septembre 2018. M. B s'est vu notifier un arrêté du 15 octobre 2018 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ayant demandé au préfet l'abrogation de l'arrêté précité, il a contesté devant le tribunal administratif de Lille la décision implicite de rejet de sa demande née le 7 février 2019. Par un jugement du 21 février 2023, n° 2004323, la juridiction a annulé la décision attaquée et enjoint au préfet du Nord de statuer de nouveau sur la demande d'abrogation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. M. B a sollicité, le 4 janvier 2023, la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 28 juin 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté précité du 28 juin 2023 en tant qu'il a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
2. En premier lieu, par un arrêté du 27 juin 2023, régulièrement publié le même jour au recueil n°158 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. C D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers et signataire des décisions en litige, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré régulièrement sur le territoire français en 2017, est marié, depuis le 12 février 2021, avec une compatriote titulaire d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, valable jusqu'au 5 juin 2026. S'il soutient partager une vie commune avec cette dernière depuis 2018, il ne l'établit pas par la production d'une attestation signée des deux époux. M. B est sans charge de famille et ne justifie ni n'allègue aucune relation familiale ou personnelle particulière, en dehors de son épouse. S'il ressort de son dossier de demande de titre de séjour qu'il aurait un oncle présent sur le territoire français, il ne produit aucune pièce démontrant la réalité d'un tel lien de parenté. En outre, bien que son épouse justifie d'emplois de manière stable depuis 2015, l'intégration professionnelle de l'intéressé, par la création de son entreprise sous statut d'auto-entrepreneur, depuis le 6 mars 2020 est relativement récente et ne s'est concrétisée que par la conclusion, le 1er janvier 2022, d'un contrat de prestation de service d'une durée d'un an, et un chiffre d'affaires déclaré de 1 320 euros pour le mois de juin 2023. Enfin, M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 15 octobre 2018 qu'il n'a pas exécutée. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. En dernier lieu, il ressort de l'arrêté contesté que le préfet du Nord a considéré, " au surplus ", que M. B était défavorablement connu des services de police pour " conduite d'un véhicule sans permis ", faits commis le 4 août 2022. Le préfet du Nord ne produit, en défense, aucune pièce au dossier relativement à ces faits. Cependant, le moyen, tiré de ce que l'infraction serait infondée à défaut de nécessité, comme cela est suggéré, d'avoir procédé à l'échange de son permis de conduire algérien à la date de l'infraction, est inopérant en ce qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'infraction aurait été contestée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
La rapporteure,
signé
L.-J. Lançon
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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