mardi 17 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2307278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, M. C A B, représenté par Me Thomas Sebbane, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, un certificat de résidence algérien portant la mention " visiteur ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour et lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 5 et le a) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de délivrance de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de délivrance de titre de séjour elle-même illégale.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de délivrance de titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, le préfet du Nord, représenté par Me Nicolas Rannou, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Par une lettre du 16 mai 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que l'activité du requérant, soumise à autorisation, est régie par les stipulations du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et non par celles du a) de l'article 7 de ce même accord.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Balussou a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant algérien né le 30 septembre 1995, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en octobre 2013, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa D portant la mention " mineur scolarisé ", valable du 20 août 2013 au 18 octobre 2014. Il s'est ensuite vu délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " valable du 19 octobre 2013 au 18 octobre 2014, renouvelé jusqu'au 18 octobre 2021. A cette même date, il a sollicité un changement de statut et la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " auto-entrepreneur / commerçant ". Par un arrêté du 7 juillet 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à son encontre. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention "visiteur " ; () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ". D'autre part, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
3. Lorsqu'un ressortissant algérien sollicite la première délivrance d'un certificat de résidence pour exercer en France une activité professionnelle autre que salariée, les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien, combinées à celles du c) de l'article 7 du même accord, ne subordonnent pas cette délivrance au caractère effectif ou à la viabilité économique de cette activité, ni à la justification de moyens d'existence suffisants ou d'un lien entre cette activité et les études le cas échéant poursuivies en France par l'intéressé.
4. Pour refuser de délivrer à M. A B un certificat de résidence algérien, le préfet du Nord a considéré, d'une part, que l'activité exercée par le requérant n'était pas une activité soumise à autorisation au sens des stipulations du c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 prévoyant la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " commerçant " et, d'autre part, que l'intéressé ne justifiait ni de la réalité de son activité commerciale, ni du fait qu'il tirait des moyens d'existence suffisants pour subvenir à ses besoins ni que ses activités commerciales étaient en adéquation avec les études qu'il avait suivies en France, conditions auxquelles serait subordonnée la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " visiteur " sur le fondement du a) du même article.
5. Dès lors que la demande de certificat de résidence présentée par M. A B tend à l'exercice en France d'une activité professionnelle autre que salariée soumise à autorisation, celle-ci devait être examinée par le préfet du Nord au regard des stipulations de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, combinées à celles du c) de l'article 7 du même accord et non de celles du a) de l'article 7 de cet accord relatives à la délivrance de certificats de résidence portant la mention " visiteur ". Ainsi, le préfet a méconnu le champ d'application de ces dernières stipulations. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A B, qui bénéficiait d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant, a sollicité un changement de statut en vue d'obtenir un certificat de résidence en qualité de " commerçant " pour l'exercice d'une activité professionnelle non salariée ayant pour objet l'" achat, vente de tous produits non réglementés, livraison de repas à deux roues, prestation de services aux entreprises et aux particuliers " et qu'à la date à laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande du requérant, celui-ci justifiait d'une immatriculation en tant qu'auto-entrepreneur auprès du registre du commerce et des sociétés depuis le 8 octobre 2021. Ainsi, l'intéressé remplissait la seule condition prévue par les stipulations applicables citées au point 3. Dans ces conditions, en subordonnant la délivrance du certificat de résidence demandé par M. A B à des conditions tenant à la réalité de l'activité commerciale, à l'existence de moyens d'existence suffisants et à l'adéquation de son activité professionnelle avec les études qu'il avait suivies en France, qui ne sont pas prévues par l'article 5 de l'accord franco-algérien, le préfet du Nord a commis une erreur de droit.
6. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. A B a été condamné, le 28 juin 2022, par le tribunal judiciaire de Lille à une peine de soixante jours-amende de dix euros assortie d'une interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant un délai de trois ans pour avoir commis le 19 février 2022 des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité et pour port sans motif légitime d'une arme blanche ou incapacitante de catégorie D, l'intéressé ayant fait usage d'une bombe lacrymogène sur quatre personnes, lors d'une bousculade, alors qu'il exerçait des fonctions d'agent d'accueil devant un bar à Lille, ces faits, qui n'ont pas été mentionnés au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, ne sont pas de nature, eu égard à leur caractère isolé, à établir que le comportement de M. A B représente une menace pour l'ordre public alors même qu'ils présentent un caractère récent à la date de la décision attaquée. Dès lors, le préfet du Nord ne pouvait, sans erreur d'appréciation, se fonder sur ce motif pour refuser à M. A B de lui délivrer un titre de séjour.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Nord du 7 juillet 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement n'implique pas nécessairement la délivrance à l'intéressé d'un titre de séjour, mais seulement le réexamen de sa situation. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A B d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. A B un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. A B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
Mme Balussou, première conseillère,
Mme Sanier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2025.
La rapporteure,
Signé
E.-M. Balussou
La présidente,
Signé
S. StefanczykLa greffière,
Signé
N. Paulet
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026