mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309269 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2023, Mme C D épouse B, représentée par Me Karimi, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour sur le territoire français avant une année ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler en France ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Karimi, avocat de Mme B, de la somme de 1 500 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions mentionnées dans l'arrêté attaqué :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé, en l'absence de mention du parcours et des démarches qu'elle a entreprises avec sa famille depuis son arrivée en France et en l'absence de précision sur la stipulation de l'accord franco-algérien motivant le refus de séjour ;
- il est entaché d'un vice de forme, la date de notification étant antérieure à la date de l'arrêté, alors qu'elle a été convoquée le 18 octobre 2023 à 9 heures ;
- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, les enfants étant scolarisés en France et ayant tissé des liens sociaux avec d'autres enfants de leur âge ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- le jugement n°2205366 et 2205699 rendu le 16 janvier 2023 par la présente juridiction ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- et les observations de Me Karimi, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 30 décembre 1980 à El Mahal (Algérie), entrée sur le territoire français le 15 novembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour valable jusqu'au 1er décembre 2016, délivré par les autorités consulaires françaises, a sollicité, avec son conjoint, M. A B, l'asile en France, demande rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 juin 2017 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 17 octobre 2017. Par un arrêté du 27 juin 2022, le préfet du Pas-de-Calais a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. et Mme B, les a obligés à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. La requête à fin d'annulation de cet arrêté présentée par M. et Mme B a été rejetée par un jugement du 16 janvier 2023 du tribunal administratif de Lille mais l'intéressée s'est cependant maintenue sur le territoire national. Par un nouvel arrêté du 19 octobre 2023, le préfet du Pas-de-Calais l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour en France avant une année. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Cet arrêté ne comporte par ailleurs aucune décision sur le droit au séjour de Mme B, de sorte qu'il ne fait pas application de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative étant dépourvues d'influence sur la légalité de cette décision, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce que l'arrêté attaqué lui a été notifié dans des conditions irrégulières au motif qu'une erreur matérielle existe sur le moment de la notification de cet arrêté.
4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
5. L'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de ses enfants mineurs dont la vocation normale est de suivre leurs parents, qui ont tous les deux fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ainsi qu'il a été dit au point 1. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité en Algérie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a vécu en Algérie, pays où demeure ses parents, ses trois frères et sa sœur, jusqu'à l'âge de 35 ans. Si elle réside en France depuis le 15 novembre 2016, elle s'est maintenue sur le territoire national pendant plusieurs années, ainsi qu'il a été dit au point 1 et n'a pas exécuté la précédente obligation de quitter le territoire français prononcée le 27 juin 2022. S'il ressort des pièces du dossier qu'elle suit depuis 2017 des cours de français, elle ne justifie d'aucun lien d'une particulière intensité avec une personne résidant régulièrement en France et ne fait état que d'activités bénévoles, sans établir une insertion sociale ou professionnelle sur le territoire national à la date de l'arrêté attaqué. Son conjoint, avec qui elle ne partagerait plus la vie commune selon le procès-verbal d'audition du 19 octobre 2023 et dont elle ne saurait pas où il réside, est également en situation irrégulière. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, à l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire et à l'annulation de la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une année doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si Mme B fait état de l'homosexualité de son mari et mentionne leurs craintes en cas de retour en Algérie, elle ne produit aucun élément permettant d'établir que la décision contestée l'exposerait personnellement à des peines ou traitements inhumains et dégradants et méconnaîtrait ainsi les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la seule circonstance que l'homosexualité constitue une infraction pénale dans ce pays n'étant pas de nature à établir la réalité du risque de persécution allégué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'application au profit de son conseil des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B, à Me Karimi et au préfet du Pas-de-Calais.
Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Fougères
Le président,
signé
J.-M. RiouLa greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026