mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309340 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023, M. D B, représenté par Me Cariti-Brankov, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il n'a pas redoublé sa première année de BTS ;
- il est entaché d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est disproportionnée au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et compte tenu de ses liens sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leclère,
- et les observations de Me Cariti-Brankov, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. B, ressortissant marocain né le 26 juin 1997, demande l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. En premier lieu, par un arrêté du 27 juin 2023, publié le même jour au recueil n° 158 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à
Mme A C, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, M. B ne justifie pas avoir validé sa première année de brevet de technicien supérieur (BTS) mention " Management en Hôtellerie Restauration " à l'issue de l'année de formation 2022-2023. Il ne conteste par ailleurs pas s'être réinscrit dans ce même cursus au titre de l'année 2023-2024. Par suite, le préfet du Nord n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de fait en estimant que le requérant a redoublé cette première année.
Ce moyen doit ainsi être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et notamment au regard de sa progression dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études.
5. En l'espèce, M. B est entré sur le territoire français le 12 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour, valable du 5 septembre 2017 au 5 septembre 2018, afin de poursuivre ses études. Il s'est ensuite vu délivrer trois titres de séjour portant la mention " étudiant " valables du 6 septembre 2018 au 21 février 2023. Ainsi, au titre de l'année
2017-2018, M. B s'est inscrit en première année de Licence mention " Economie " au sein de l'université de Lorraine et a été déclaré défaillant au titre des deux sessions.
Au titre de l'année 2018-2019 il s'est inscrit en première année de BTS mention " Commerce international " au sein d'un établissement lillois, année qu'il n'a pas validé. Il a alors redoublé cette année de formation au titre de l'année 2019-2020 et a de nouveau été ajourné. Au titre de l'année 2020-2021, le requérant s'est inscrit en Bachelor mention " Commerce international " au terme duquel il a été ajourné. Après s'être réorienté,
M. B a obtenu un certificat d'aptitudes professionnelles (CAP) mention " production et service en restauration " au titre de l'année 2021-2022. Ainsi qu'il a été dit au point 3, l'intéressé s'est inscrit en première année de BTS mention " Management en hôtellerie restauration " au titre de l'année 2022-2023 sans toutefois valider cette année de formation. Ainsi, aux termes de six années de présence sur le territoire français, M. B n'a validé qu'une seule année de formation après une réorientation ne présentant pas de cohérence avec son cursus initial. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, si M. B est régulièrement présent sur le territoire français depuis près de six ans à la date de la décision attaquée, il ne l'est qu'en vue de poursuivre ses études, la qualité d'étudiant ne lui donnant pas vocation à se maintenir de manière pérenne sur le territoire français. Il ne ressort en outre pas des seules pièces du dossier que le requérant a noué en France des liens d'une particulière intensité, y compris avec sa sœur résidant en France, ses parents et son frère résidant, quant à eux, dans son pays d'origine, dans lequel l'intéressé a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En cinquième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de M. B. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement et eu égard à la situation personnelle et familiale de M. B, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le prononcé d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à son encontre est disproportionné. Le moyen doit ainsi être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetés, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et celles liées au frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Chevaldonnet, président,
- M. Borget, premier conseiller,
- Mme Leclère, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
M. LeclèreLe président,
Signé
B. Chevaldonnet La greffière,
Signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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