jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2309344 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I) Par une requête, enregistrée sous le n°2309344 le 25 octobre 2023, Mme A B, épouse C, représentée par Me Goeminne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans cette attente de lui remettre un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C sont pas fondés.
II) Par une requête, enregistrée sous le n°2309388 le 25 octobre 2023,
M. D C, représenté par Me Goeminne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale ", ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans cette attente de lui remettre un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soulève les mêmes moyens que Mme C dans la requête n° 2309344.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Huchette-Deransy ;
- et les observations de Me Goeminne, représentant M. et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, épouse C, ressortissante algérienne, née le
1er septembre 1980, à Bab el Oued (Algérie), est entrée en France le 1er septembre 2017 munie d'un titre de séjour spécial en sa qualité de fonctionnaire au consulat général d'Algérie à Lille valable du 9 août 2017 au 1er septembre 2022. Elle a sollicité le 13 septembre 2022 un certificat de résidence. Par un arrêté du 27 septembre 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
2. M. C, époux de Mme A C, ressortissant algérien né le
22 août 1967 à Bal el Oued (Algérie) est entré en France le 1er septembre 2017 accompagné de leurs quatre enfants, muni d'un titre de séjour spécial en sa qualité d'époux de Mme C, valable du 9 août 2017 au 1er septembre 2022. Il a sollicité le 13 septembre 2022 un certificat de résidence. Par un arrêté du 27 septembre 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées nos 2309344, 2309388, qui concernent les membres d'une même famille, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
4. En premier lieu, par arrêté du 20 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département n°253, le préfet du Nord a donné délégation à M. E, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, la décision attaquée.
Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention
" vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
" 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme et M. C, qui se sont mariés en Algérie le 17 octobre 2001, ont quatre enfants nés en Algérie en 2003, 2008, 2012 et 2015 et de nationalité algérienne. Ils sont entrés en France le 1er septembre 2017, sous couvert d'un visa long séjour spécial, délivré par le ministère des affaires étrangères français, en lien avec le poste de fonctionnaire algérienne au consulat d'Algérie de Lille occupé par Mme C jusqu'au
31 juillet 2022. Si les requérants, qui ne produisent aucune pièce de nature à justifier des relations privées ou familiales qu'ils auraient nouées en France à l'extérieur de la cellule familiale, se prévalent de la scolarisation en France de leurs quatre enfants, et notamment des trois enfants les plus jeunes, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir l'existence d'une vie privée et familiale en France en dépit même de la durée de leur séjour en France. En outre, la circonstance que Mme C ait travaillé de manière continue entre septembre 2017 et juillet 2022 en France dans le cadre d'une mission pour le consulat d'Algérie, et alors que son mari ne justifie pas d'une activité professionnelle en France mais seulement d'une promesse d'embauche datée du
23 septembre 2023, n'est pas suffisante pour justifier d'une vie privée et familiale au sens des stipulations citées au point précédent. Enfin, Mme et M. C n'établissent pas qu'ils seraient isolés en cas de retour dans leur pays d'origine, où la cellule familiale pourra se reconstituer dès lors que tous les membres de la famille disposent de la nationalité algérienne et que l'ainé de leurs enfants, qui dispose selon les déclarations des requérants, d'un titre de séjour " étudiant " en France, n'a pas vocation, en raison de la nature de ce titre de séjour, à s'y établir. Au surplus, le titre de propriété dont les requérants se prévalent, n'établit pas davantage l'existence d'une vie privée et familiale en France. Dans ces conditions, en refusant de faire droit à la demande de titre de séjour de Mme et M. C, le préfet du Nord n'a pas porté atteinte à leur droit à une vie privée et familiale. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 6 de l'accord
franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle des requérants doivent, dès lors, être rejetés.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. La seule circonstance que les enfants des requérants, de nationalité algérienne, soient tous scolarisés en France, ne suffit pas à établir que le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations citées au point précédent. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées portant refus de délivrance d'un certificat de résidence doivent être rejetées.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité des décisions refusant aux requérants la délivrance d'un certificat de résidence au soutien de leurs conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut être accueilli.
11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français
Sur les décisions fixant le pays de destination :
14. Les décisions portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachées d'illégalité, Mme et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation par voie de conséquence de celles fixant le pays de destination.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme et M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à M. D C et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia présidente,
- Mme Bonhomme, première conseillère,
- Mme Huchette-Deransy première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. Huchette-Deransy
La présidente,
Signé
J. Féménia
La greffière,
Signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
N°s 2309344, 2309388
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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