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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2310354

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2310354

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2310354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantLAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, M. C B, représenté par Me Laporte, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision refusant un délai de départ volontaire, cette décision étant inexistante.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Goujon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 6 juillet 1986, qui soutient être entré en France le 3 octobre 2016, a déposé le 30 juin 2017 une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 30 novembre 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par une décision du 20 décembre 2018 de la Cour nationale du droit d'asile. M. B a déposé le 1er avril 2019 une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 17 janvier 2020, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B a sollicité le 9 mars 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 20 septembre 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité des conclusions :

2. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a accordé à M. B un délai de départ de trente jours pour exécuter volontairement l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Par suite, les conclusions du requérant dirigées contre une décision refusant de lui accorder un tel délai de départ volontaire sont irrecevables, car dirigées contre une décision inexistante.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 septembre 2023, publié le même jour au recueil n° 247 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné une délégation de signature à M. A D, sous-préfet de Douai, en ce qui concerne les décisions portant retrait ou refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, pour les arrondissements de Douai et Cambrai. Il ressort des pièces du dossier que M. B est domicilié sur la commune de Fontaine Notre Dame, située dans l'arrondissement de Cambrai. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord a bien procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B, qui déclare être entré en France le 3 octobre 2016, comptait, à la date de la décision attaquée, sept ans de présence en situation irrégulière, du fait du rejet définitif de sa demande d'asile le 20 décembre 2018 et de son maintien sur le territoire malgré un arrêté du préfet du Nord du 17 janvier 2020 rejetant sa demande de titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Il ne dispose d'aucune attache familiale en France. Les seuls liens dont M. B fait état sont les sept familles bénévoles qui l'ont hébergé à tour de rôle pour des courtes périodes avant qu'il soit accueilli le 8 mars 2019 à la communauté Emmaüs de Fontaine-Notre-Dame. Il produit plusieurs documents attestant du suivi de cours d'apprentissage de la langue française et de sa participation à des activités bénévoles mises en œuvre par des associations. Toutefois, ces éléments sont insuffisants pour démontrer une insertion sociale et professionnelle stable. Dans ces conditions, alors qu'il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente ans en Guinée, pays dans lequel demeure notamment sa femme et ses quatre enfants mineurs, la décision lui refusant son admission exceptionnelle au séjour n'a pas portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième lieu, au vu des éléments factuels énoncés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il ressort de l'arrêté du 15 septembre 2023, publié le même jour au recueil n° 247 des actes administratifs de la préfecture, déjà mentionné, que le préfet du Nord a donné délégation de signature à M. A D, sous-préfet de Douai, notamment pour ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français pour les arrondissements de Douai et Cambrai. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". La décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français assortissant une décision de refus de titre de séjour, par ailleurs suffisamment motivée, elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

11. En troisième lieu, il résulte des points 2 à 8 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a bien procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

13. En cinquième lieu, au vu des éléments factuels développés au point 6, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. En sixième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle et professionnelle du requérant doit, compte tenu des éléments de fait énoncés au point 6, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il résulte des points 9 à 14 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

17. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B doit être écarté.

18. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

19. En cinquième lieu, il n'est pas davantage établi que le préfet du Nord, en fixant la Guinée comme pays de renvoi, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et professionnelle de M. B.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Laporte et au préfet du Nord.

Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cotte, président,

M. Fougères, premier conseiller,

M. Goujon, conseiller

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

J.-R. Goujon

Le président,

signé

O. CotteLa greffière,

signé

J. Vandewyngaerde

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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