Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2310684

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2310684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 6 décembre 2023 et 7 février 2024, M. C B, représenté par Me Cabaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement d'un certificat de résidence algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien :

- elle a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien ;

- elle a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 6 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Lemée a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 30 septembre 2000 à Tizi-Ouzou (Algérie), de nationalité algérienne, est entré en France le 4 septembre 2018 sous couvert d'un visa de type D valable du 2 septembre 2018 au 31 mars 2019. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " valable du 7 mars 2019 au 6 septembre 2019 qui a été renouvelé quatre fois. Le 27 avril 2023, M. B a sollicité du préfet du Nord le renouvellement de son certificat de résidence algérien. Par un arrêté du 26 septembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de renouvellement d'un certificat de résidence algérien, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté du 20 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département n° 253 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. A D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives au refus de renouvellement d'un titre de séjour, celles portant obligation de quitter le territoire français, celles relatives au délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination des mesures d'éloignement et celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

3. L'arrêté contesté vise les stipulations et les dispositions dont il fait application, en particulier le titre III du protocole du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les articles L. 611-1, L. 612-1, L. 612-8, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. B et sa situation familiale, précise qu'il ne peut valablement démontrer le caractère réel et sérieux des études qu'il poursuit, indique qu'il ne justifie pas se trouver dans l'un des cas dans lesquels un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire et qu'il n'allègue, ni n'établit que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, enfin, fait état des éléments de fait justifiant, selon le préfet, qu'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an soit prise à l'encontre de l'intéressé. Cet arrêté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, est ainsi suffisamment motivé. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien :

4. En premier lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourse ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire". "

5. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge administratif de l'excès de pouvoir, la réalité et le sérieux des études poursuivies. A cet égard, le caractère réel et sérieux de ces études est subordonné à une progression régulière de l'étudiant et à la cohérence de son parcours.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est inscrit en classe préparatoire aux grandes écoles " mathématiques et physiques " pour les années scolaires 2018-2019 et 2019-2020. Il a obtenu une mention globale F et 60 crédits du système ECTS. Pour l'année universitaire 2020-2021, il s'est inscrit en deuxième année de licence de mathématiques à l'université de Lille. Il n'a obtenu sa deuxième année de licence qu'au cours de l'année universitaire 2022-2023 après deux échecs lors des années universitaires 2020-2021 avec une moyenne de 3,891/20 au premier semestre et 4,946/20 au second semestre et 2021-2022 au cours de laquelle il a obtenu des résultats faibles et a été déclaré défaillant pour plusieurs matières. Pour l'année universitaire 2023-2024, il est inscrit en troisième année de licence de mathématiques. Pour expliquer ces résultats, le requérant produit deux certificats médicaux datés du 6 avril 2021 et du 5 octobre 2023, très peu circonstanciés, qui attestent que M. B présente des manifestations allergiques cutanées et respiratoires et qu'il souffre d'un chalazion depuis mi-2022. Ces certificats ne mentionnent pas que les problèmes de santé rencontrés par l'intéressé auraient pu perturber le suivi de ses études. L'attestation rédigée par le directeur de la deuxième année de licence de mathématiques, si elle indique que la licence de mathématiques de l'université de Lille est une formation très exigeante, ne permet pas d'expliquer les deux échecs successifs en deuxième année avec des résultats faibles et des défaillances. Enfin, de par les documents généraux produits, il n'établit pas les problèmes de logement qu'il allègue. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant aurait sollicité des aménagements spécifiques ou des reports d'examen auprès de l'université de Lille eu égard à son état de santé ou des difficultés personnelles qu'il allègue avoir traversé du fait de la crise du Covid-19. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. En deuxième lieu, M. B, né le 30 septembre 2000 à Tizi-Ouzou (Algérie), de nationalité algérienne, est entré régulièrement en France le 4 septembre 2018. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " à compter du 7 mars 2019 puis renouvelé plusieurs fois. Il est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence régulière en France de son frère et son oncle, il n'établit ni la réalité, ni l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux et ne justifie que de la régularité du séjour de son oncle. S'il travaille depuis le mois de mars 2023 comme employé polyvalent auprès d'une entreprise de restauration rapide, il ne justifie cependant pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. Enfin, il n'établit pas être dénué de tout lien en Algérie où il a résidé jusqu'à l'âge de 18 ans et où résident notamment ses parents et sa sœur. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet du Nord s'est livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

12. En troisième et dernier lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet du Nord s'est livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

16. En troisième et dernier lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet du Nord s'est livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

20. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 4 septembre 2018 et qu'il n'a pas de liens particuliers sur le territoire français. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de circonstances humanitaires dont il ne justifie pas au demeurant. Par suite, quand bien même M. B n'aurait pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et sa présence ne représenterait une menace pour l'ordre public, le préfet du Nord a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui interdire le retour sur le territoire national pendant une durée d'un an. Pour les mêmes motifs ainsi que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

21. En troisième et dernier lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet du Nord s'est livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

M. LEMÉE

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,