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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2311139

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311139

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantDALIL ESSAKALI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 16 décembre 2023, Mme H B, représentée par Me Dalil Essakali, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en cas d'annulation de la décision de refus de séjour pour un motif de forme ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du quinzième jour suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dalil Essakali, avocat de Mme G B, de la somme de 1 800 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du trentième jour suivant la notification du jugement à intervenir.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision méconnaît les principes généraux du droit de la défense et du droit d'être entendu ;

- elle est dépourvue de base légale et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme G B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G B, ressortissante cap-verdienne née le 28 novembre 1976 à Santiago (Cap-Vert), est entrée sur le territoire français le 12 octobre 2014, sous couvert d'un visa de court séjour, délivré par les autorités consulaires espagnoles, valable jusqu'au 15 décembre 2014. Elle a présenté le 19 décembre 2022 une demande d'admission exceptionnelle au séjour, tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salariée ". Par un arrêté du 9 novembre 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme G B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2023, publié le même jour au recueil n°253 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord, le préfet du Nord a donné délégation à Mme A F, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a été en mesure, de manière utile et effective, de présenter des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme G B ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle ait été empêchée de présenter ses observations avant que ne soient prises les décisions attaquées, notamment lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. D'autre part, la requérante n'indique pas quels éléments, susceptibles d'influer le contenu de la décision, elle aurait été privée de faire valoir préalablement à l'arrêté contesté. Dans ces conditions, Mme G B n'est pas fondée à soutenir que la procédure menée par le préfet du Nord méconnaîtrait son droit d'être entendue.

5. En troisième lieu, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme G B, énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions qu'il comporte, de manière suffisamment circonstanciée pour, d'une part, mettre l'intéressée en mesure d'en discuter utilement les motifs et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme G B avant d'adopter les décisions attaquées.

7. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et du défaut de base légale ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent qu'être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme G B est arrivée sur le territoire national en octobre 2014, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles, alors qu'elle était âgée de 37 ans. Elle s'est maintenue en situation irrégulière, a donné naissance à deux enfants, D E C né le 16 juin 2016 à Roubaix et Rohane E C né le 23 mai 2018 à Roubaix, et n'a cherché à régulariser sa situation qu'à compter du 19 décembre 2022, date de sa demande de titre de séjour. Il ressort de la décision attaquée que le père des enfants, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 27 novembre 2024, réside en région parisienne et ne contribue pas à leur entretien ni à leur éducation. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme G B n'est pas dépourvue de famille dans son pays d'origine, où vivent ses parents, ainsi qu'une demi-sœur. Si la requérante, célibataire, évoque une autre demi-sœur résidant en France, elle ne justifie pas, comme l'a souligné le préfet du Nord dans sa décision, que celle-ci séjournerait régulièrement en France, et ne démontre pas entretenir des liens d'une particulière intensité avec celle-ci. S'il n'est pas contesté que les enfants de Mme G B sont scolarisés, il n'est justifié d'aucune insertion sociale ou professionnelle la concernant. Dans ces circonstances, la requérante, qui ne produit aucune pièce justificative à l'appui de sa requête, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme G B de ses enfants mineurs dont la vocation normale est de suivre leur mère. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que ses deux enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme G B tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité des décisions attaquées, invoqué par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour, doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi qu'à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme G B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'application au profit de son conseil des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, aucune demande d'aide juridictionnelle n'ayant au surplus été présentée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B, à Me Dalil Essakali et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Fougères

Le président,

signé

J.-M. RiouLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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