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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2311251

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311251

lundi 30 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de Mme A, ressortissante algérienne, qui contestait le refus de renouvellement de son certificat de résidence en qualité d'étudiante, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour d'un an. La juridiction a écarté les moyens d'incompétence et d'erreur d'appréciation soulevés, en se fondant sur les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a jugé que la décision était légalement justifiée et n'a pas fait droit aux demandes d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Gommeaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 28 août 2023 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de renouveler son certificat de résidence en qualité d'étudiante, lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur ce territoire pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans ce même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement, l'autorisant à travailler à titre accessoire, dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement du signalement la concernant dans le système d'information Schengen et d'en justifier auprès de son conseil dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de son certificat de résidence :

- elle n'a pas été prise par une autorité habilitée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations du titre III de l'annexe de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'a pas été prise par une autorité habilitée ;

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2023, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Le rapport de Mme Piou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 14 août 1997 à Kouba (Algérie), est entrée en France le 15 septembre 2021 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour délivré en qualité d'étudiante valable du 31 août 2021 au 29 novembre 2021. Elle a ensuite obtenu un titre de séjour en cette même qualité valable du 20 janvier 2022 au 19 janvier 2023. Le 25 novembre 2022, elle en a sollicité le renouvellement. Par les décisions litigieuses, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur ce territoire pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son certificat de résidence :

2. En premier lieu, par arrêté du 27 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département n° 158 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. C D, adjoint à la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe de ce bureau, notamment, les décisions portant refus de délivrance ou de renouvellement d'un certificat de résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole en date du 22 décembre 1985 annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants () reçoivent, sur présentation soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ".

4. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence présentée par un ressortissant algérien en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée en France le 15 septembre 2021 en vue d'y poursuivre ses études et s'est inscrite pour l'année universitaire 2021-2022 à l'université de Lille en première année de Master linguistique générale. Elle n'a néanmoins pas validé cette année, au cours de laquelle elle s'est d'ailleurs montrée défaillante sur plusieurs épreuves. Réinscrite dans ce même master au titre de l'année universitaire suivante, elle s'est montrée défaillante à de très nombreuses épreuves et n'a pas davantage validé son année. Dans ces conditions, l'intéressée ne justifie d'aucune progression dans ses études à l'issue de ces deux années universitaires. Si elle indique avoir voulu se réorienter mais s'être heurtée à un refus et avoir finalement été admise à redoubler une seconde fois, ces circonstances sont postérieures à la décision litigieuse. Par ailleurs, Mme A ne peut raisonnablement soutenir avoir été assidue à sa formation alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle occupait un emploi à un temps plein. Par suite, le préfet du Nord n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en considérant que Mme A ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France au mois de septembre 2021, soit moins de deux ans avant la date de la décision litigieuse, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour étudiant, ne lui donnant pas vocation à rester en France. Si elle se prévaut d'une relation amoureuse avec un compatriote, celle-ci était très récente à la date de la décision attaquée et rien ne fait obstacle à ce que cette relation se poursuive, le cas échéant, en Algérie, pays dont ils ont tous les deux la nationalité. Par ailleurs, s'il ressort également des pièces du dossier qu'elle dispose d'amis ainsi que de plusieurs membres de sa famille en France, parmi lesquels un oncle, une tante et des cousins, ces éléments ne suffisent pas à établir que le centre de ses intérêts se trouverait dorénavant en France alors qu'elle n'apparait pas dépourvue d'attaches en Algérie où résident ses parents, son frère et ses deux sœurs et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Par ailleurs, elle ne soutient ni même n'allègue qu'elle ne pourrait se réinsérer professionnellement et socialement en Algérie. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En dernier lieu, eu égard aux motifs retenus au point 7, et alors que Mme A ne justifie au demeurant pas que la décision litigieuse ferait, comme elle le soutient, obstacle à un projet professionnel construit, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Nord au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, par l'arrêté du 27 juin 2023 mentionné au point 2 du présent jugement, le préfet du Nord a également donné délégation à M. C D, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, les décisions portant obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement du certificat de résidence de Mme A doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 7 et 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet du Nord au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Et, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme A séjournait régulièrement en France depuis près de deux ans à la date de la décision litigieuse, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches notamment familiales sur le territoire français, qu'elle n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement et ne constitue pas une menace à l'ordre public. Ainsi, les circonstances de l'espèce ne sont pas de nature à justifier qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prise à son encontre. Le préfet du Nord a, par suite, commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 28 août 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

15. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

16. L'annulation de la seule décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique uniquement, mais nécessairement, que soit supprimé le signalement dont a fait l'objet Mme A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de prendre, dans un délai de deux mois, toute mesure propre à mettre fin à ce signalement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28août 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de mettre en œuvre, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la procédure d'effacement du signalement de Mme A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Gommeaux et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Leguin, présidente,

Mme Piou, première conseillère,

M. Boileau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin2025.

La rapporteure,

Signé

C. Piou

La présidente,

Signé

A-M. LeguinLa greffière,

Signé

S. Sing

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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