Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311294

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2023 et 6 février 2024, Mme H E A, représentée par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de l'admettre provisoirement au séjour avec autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le 3° de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions combinées des articles L.233-1 et suivants et L.200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Horn a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H E A, ressortissante congolaise née le 18 février 1987 à Likasi (République démocratique du Congo), déclare être entrée en France le 25 août 2021, dépourvue de visa. Le 26 novembre 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " citoyen de l'UE/EEE/Suisse - autre membre de famille ou partenaire d'un citoyen de l'UE ". Par un arrêté du 22 novembre 2023, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme E A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 septembre 2023, régulièrement publié au recueil spécial n° 253 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Nord du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme B F, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers et signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement la requérante en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écartée.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de cette dernière. Le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit donc être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, ne relevant pas de l'article L. 200-41 et qui, sous réserve de l'examen de sa situation personnelle, relève d'une des situations suivantes :/1° Étranger qui est, dans le pays de provenance, membre de famille à charge ou faisant partie du ménage d'un citoyen de l'Union européenne ; /() 3° Étranger qui atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux, avec un citoyen de l'Union européenne ". Aux termes de l'article L. 233-3 du code précité : " Les ressortissants étrangers mentionnés à l'article L. 200-5 peuvent se voir reconnaître le droit de séjourner sur l'ensemble du territoire français pour une durée supérieure à trois mois dans les mêmes conditions qu'à l'article L. 233-2. ". Et aux termes de l'article L. 233-2 du même code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois./ Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ". Enfin, aux termes de l'article L. 233-1 du code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; () ".

6. En application de ces dispositions, issues de la directive n°2004/38 du 29 avril 2004, ainsi que de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, un membre de la famille à charge d'un citoyen de l'Union européenne au sens des dispositions du 1° de l'article L. 200-5 précité doit être entendu comme une personne disposant d'un lien personnel étroit et stable avec ce citoyen, attestant d'une situation de dépendance réelle entre ces deux personnes caractérisée par la nécessité d'un soutien matériel de ce ressortissant ou de son conjoint afin de subvenir à ses besoins essentiels dans l'État d'origine ou de provenance de ce membre de la famille au moment où il demande à rejoindre ledit ressortissant.

7. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité à Mme E A, le préfet du Nord s'est fondé sur la circonstance que d'une part, la requérante n'établit pas dépendre de manière réelle et stable de sa sœur Mme D G A épouse C, ressortissante belge, et que les revenus de cette dernière étaient en tout état de cause insuffisants pour subvenir aux besoins des trois sœurs qui soutiennent être à sa charge, les avis d'imposition 2019 et 2020 des époux C ne permettant pas en outre de déterminer les capacités de prise en charge financière de Mme D C, et d'autre part, que la requérante n'établit pas entretenir de liens d'une particulière intensité avec sa sœur, ni la communauté de vie avec sa sœur, ni sa prise en charge par cette dernière en République démocratique du Congo ou en Belgique à compter de l'année 2010.

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que, si le préfet a remis en cause la qualité d' " étranger entretenant des liens privés et familiaux avec un citoyen de l'Union européenne " de la requérante, il doit être regardé, en constatant qu'elle ne démontre pas entretenir de lien d'une particulière intensité avec sa sœur, ressortissante belge, comme ayant examiné si cette dernière " atteste de liens privés et familiaux durables, autres que matrimoniaux " au sens du 3° de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit tenant à ce que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour sur le 3° de l'article L. 200-5 du code précité est infondé et doit être écarté.

9. En deuxième lieu, si la requérante soutient que le préfet a méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se fondant sur l'absence de preuve de prise en charge de Mme E A par sa sœur, Mme D G A épouse C, dans leur pays d'origine, la République démocratique du Congo, et non leur pays de provenance, la Belgique, il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'un membre de la famille à charge d'un citoyen de l'Union européenne au sens des dispositions du 1° de l'article L. 200-5 du code précité doit être entendu comme une personne disposant d'un lien personnel étroit et stable avec ce citoyen, attestant d'une situation de dépendance réelle entre ces deux personnes caractérisée par la nécessité d'un soutien matériel de ce ressortissant ou de son conjoint afin de subvenir à ses besoins essentiels dans l'État d'origine ou de provenance de ce membre de la famille au moment où il demande à rejoindre ledit ressortissant. En outre, si la requérante estime que le préfet du Nord a méconnu les dispositions du 1° de l'article L. 200-5 du code précité en exigeant, illégalement, treize années de situation de dépendance réelle de la requérante, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée une telle exigence temporelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 200-5 du code précité doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'appréciation des ressources de Mme D C et de son époux C s'est faite à l'aube de l'examen de la condition de dépendance réelle à sa sœur, qui résulte des dispositions du 1° de l'article L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en se fondant sur la circonstance que les époux C ne disposent pas de ressources stables et suffisantes alors que Mme C, sa sœur, remplit les conditions prévues au 2° de l'article L.233-1.

11. En quatrième lieu, ainsi que le soutient la requérante, sans que cela soit contesté par le préfet en défense, il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est mépris sur les montants inscrits au titre de l'impôt sur le revenu 2019 et 2020 des époux C, les montants qu'il a retenu au titre du " revenu fiscal de référence " correspondant à l'impôt dû après retenue à la source. Dans ces conditions, la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait. Toutefois, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme E A, le préfet du Nord s'est également fondé sur l'absence de dépendance réelle et stable vis-à-vis de sa sœur, Mme C. Or, il ressort des pièces du dossier que la requérante a demandé, le 26 novembre 2021, à rejoindre en France Mme C, sa sœur ressortissante belge. Il ressort également des pièces du dossier qu'au titre du soutient matériel apporté par Mme C à la requérante, antérieurement à son entrée en France, la requérante produit des extraits de compte bancaire faisant état de deux virements au bénéfice de Mme E A en mai et juin 2018 d'un montant respectif de 120 et 75 euros, onze virements en 2019 d'un montant total de 3 350 euros, de six virements en 2020 d'un montant total de 1 430 euros, de deux virements en février et avril 2021 d'un montant respectif de 150 et 120 euros. La requérante justifie par ailleurs, en produisant deux contrats de livraison de gaz et d'électricité avoir partagé, pendant un an à compter du 1er mai 2018, le même logement que sa sœur, situé sur la commune d'Evere, en périphérie bruxelloise. Elle établit également, en produisant un extrait de compte bancaire, que sa sœur a réglé le loyer du logement d'Evere d'août 2018 à juin 2021. Si Mme E A produit en outre une attestation de sa sœur, datée du 22 janvier 2024, précisant notamment qu'elles ont vécu ensemble en Belgique, et des attestations de proches certifiant que les deux sœurs ont cohabité pendant cinq ans à Liège puis à Bruxelles, ni ces pièces, ni la prise en charge des frais de logement durant un an en 2018-2019, ni les preuves de virements précitées, irréguliers et portant sur une période limitée, en l'absence de tout autre élément de nature à éclairer le lien de dépendance à sa sœur de Mme E A, ne suffisent à attester d'une situation de dépendance réelle entre la requérante et sa sœur, caractérisée par la nécessité d'un soutient matériel afin de subvenir à ses besoins essentiels. Dans ces conditions, alors qu'il résulte de l'instruction que le préfet du Nord aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur le motif tenant à l'absence de dépendance réelle de la requérante vis-à-vis de sa sœur, Mme E A n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord a méconnu les dispositions combinées des articles L.233-1 et suivants et L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou entaché la décision attaquée d'erreur d'appréciation.

12. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme E A est entrée très récemment en France, le 25 août 2021, qu'elle se déclare célibataire et sans charge de famille et n'établit de relation privée et familiale sur le territoire français qu'avec sa sœur, Mme D G A épouse C, ressortissante belge, qui l'héberge depuis son arrivée en France. Par ailleurs, Mme E A ne se prévaut d'aucune forme d'intégration professionnelle ou sociale. Elle n'établit pas davantage avoir rompu tout lien avec ses parents demeurant en République démocratique du Congo, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

17. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en appréciation le bien-fondé et doit, dès lors, être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

20. En second lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande./ Le délai prévu au premier alinéa n'exclut pas la possibilité, pour les ressortissants concernés de pays tiers, de partir plus tôt./ 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. ". Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas./ Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

21. D'une part, Mme E A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des paragraphes 1 et 2 de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 susvisée, qui ont été transposées en droit interne par les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, et en tout état de cause, la requérante se borne à soutenir que le préfet du Nord aurait dû lui accorder un délai de départ supérieur au vu de sa situation particulière, qui justifierait selon elle qu'un tel délai lui soit accordé à titre exceptionnel, sans apporter de précisions et sans préciser par ailleurs quel délai aurait dû lui être accordé. Par suite, le moyen doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision lui octroyant un délai de départ volontaire limité à trente jours doivent être rejetées.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés contre la décision fixant le pays de destination :

23. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H E A et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. HORNLa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

1 L.200-4 CESEDA: " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes :

1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ;

2° Descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ;

3° Descendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ;

4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ".

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No 2311294