Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311318
jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2311318 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Benaroch, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas usé de son pouvoir de régularisation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Le préfet du Nord n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 26 décembre 2023, qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, rapporteur,
- et les observations de Me Benaroch, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 15 août 1992 à Agadir (Maroc), déclare être entré en France en 2019 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes valable du 4 février au 4 août 2019. Le 5 juillet 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 30 novembre 2022, le préfet de la Somme a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 2204112 du 21 mars 2023, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa requête tendant à l'annulation de cet arrêté. M. B n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prononcée le 30 novembre 2022. Par un arrêté du 19 décembre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".
3. La décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. B soutient que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation, un tel moyen, qui peut être utilement soulevé contre la décision prise sur le droit au séjour d'un étranger, est en revanche inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
5. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France en 2019. Célibataire et sans charge de famille, il se prévaut de la seule présence en France de son frère, avec lequel il n'établit toutefois pas avoir noué des liens d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité. Le requérant se prévaut également de son intégration professionnelle par l'exercice d'une activité salariée en qualité d'employé polyvalent au sein de l'entreprise de restauration rapide SAS Baby, dont son frère est le gérant, en contrat à durée déterminée à temps incomplet à raison de 60 heures par mois d'août 2020 à janvier 2021 puis en contrat à durée indéterminée à temps incomplet de février à juillet 2021, à temps complet d'août 2021 à février 2023, à mi-temps de mars à juillet 2023 et de nouveau à temps complet d'août à novembre 2023. Toutefois, cette activité est exercée sans autorisation de travail et il ne justifie l'impossibilité de se réinsérer professionnellement dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas entaché la décision contestée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, et compte tenu par ailleurs de ce que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, le moyen tiré de l'erreur manifeste de la décision contestée quant à ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
T. BOURGAULa présidente,
Signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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