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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2311399

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2311399

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2311399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBOUHAJJA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Bouhajja, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 16 mai 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bouhajja, avocat de M. C, de la somme de 1 500 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision aurait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant une interdiction de retour pendant un an :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté, en dépit de son intitulé, ne comporte pas de décision relative au droit au séjour du requérant ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour pouvant être analysée comme une décision confirmative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2023.

Vu :

- le jugement n°2200270 rendu le 31 mars 2023 par la présente juridiction ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 18 février 1980 à Maghnia (Algérie) est entré sur le territoire français le 25 mars 2017, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles. Il a demandé, le 15 janvier 2021, la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 13 août 2021, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un jugement du 31 mars 2023, la présente juridiction a rejeté la requête présentée par M. C à fin d'annulation de cet arrêté. Par un nouvel arrêté du 16 mai 2023, le préfet du Pas-de-Calais l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit tout retour sur le territoire national pendant une année. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant qu'il lui refuse un titre de séjour, qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qu'il fixe le pays de destination de cette mesure d'éloignement et qu'il lui interdit tout retour en France pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais a refusé à M. C la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " aux termes d'un arrêté du 13 août 2021 et que, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la présente juridiction a rejeté la requête tendant à l'annulation de cette décision, de sorte que celle-ci est devenue définitive. Le préfet du Pas-de-Calais a invité le requérant par un courrier du 25 avril 2023 à porter à sa connaissance tout fait nouveau qui serait survenu depuis le 13 août 2021. En l'absence de circonstances nouvelles que le dossier ne fait pas apparaître, le préfet du Pas-de-Calais, en réitérant, par la décision contestée, le refus qu'il avait opposé, n'a fait que confirmer purement et simplement sa précédente décision du 13 août 2021. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Pas-de-Calais tirée de l'absence de décision portant refus de séjour, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 mai 2023 refusant à M. C, après avoir examiné d'éventuels éléments nouveaux dans sa situation personnelle, un titre de séjour sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 26 décembre 2022, publié le lendemain au recueil spécial n°173 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Pas-de-Calais, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. D B, chef de bureau, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

4. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision attaquée, invoqué par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour, doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français :

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'application au profit de son conseil des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Bouhajja et au préfet du Pas-de-Calais.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

V. Fougères

Le président,

signé

J.-M. RiouLa greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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