Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 décembre 2023 et 8 mars 2024, M. E... A..., représenté par Me Schryve, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, a refusé de lui délivrer une carte de résident et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de résident longue durée-UE dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l’attente, de le mettre en possession d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l’attente, de le mettre en possession d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de délivrance d’une carte de résident :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
S’agissant de la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière à défaut d’avis médical rendu par le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en ce qu’elle se fonde sur une décision de refus de délivrance et de renouvellement d’un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a présenté des observations, enregistrées le 29 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Boileau a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. E... A..., ressortissant guinéen né le 9 juin 1976, est entré en France le 8 mars 2009, selon ses déclarations. Il a formulé une demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 14 février 2011. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 24 octobre 2011. M. A... s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » pour raisons de santé valable du 28 novembre 2016 au 27 novembre 2017 et régulièrement renouvelée jusqu’au 3 novembre 2022. M. A... a, le 16 août 2022, sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention « vie privée et familiale » pour raisons de santé ou la délivrance d’une carte de résident. Par un arrêté du 1er décembre 2023, dont M. A... sollicite l’annulation, le préfet du Nord a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, a refusé de lui délivrer une carte de résident et l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d’une carte de résident :
En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l’existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 27 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil n° 343 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D... C..., cheffe de la section des mesures individuelles et du contentieux, signataire de l’arrêté en litige, à l’effet de signer la décision attaquée en cas d’absence ou d’empêchement de Mme B... G... et de M. F... H.... Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteure de la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet du Nord a procédé, avant de prendre la décision litigieuse, à un examen particulier des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. A.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier doit être écarté.
En dernier lieu, aux termes de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui justifie d’une résidence régulière ininterrompue d’au moins cinq ans en France au titre d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d’une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l’article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d’une durée de dix ans. (…) Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l’article L. 262-1 du code de l’action sociale et des familles ainsi qu’aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail (…) ». Aux termes de l’annexe 10 au code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’étranger sollicitant la délivrance de la carte de résident prévue par ces dispositions doit notamment produire des justificatifs de ses ressources « qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années ».
Il est constant que le requérant remplit la condition de résidence régulière ininterrompue de cinq ans. Pour autant, il n’en va pas de même du critère des ressources suffisantes, stables et régulières, sur les cinq dernières années précédant la décision attaquée, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier que les ressources de M. A... étaient inférieures au salaire minimum de croissance pour les années 2018 et 2019. Par suite, le préfet du Nord n’a pas méconnu les dispositions précitées.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle :
En premier lieu, le préfet du Nord a mentionné avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il s’est fondé pour prendre la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de M. A.... Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
Aux termes de l’article L. 425-9 de ce code : « L’étranger, résidant habituellement en France, dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412-1 n’est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l’autorité administrative après avis d’un collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d’État (…) ».
Il résulte des dispositions précitées qu’il appartient à l’autorité administrative, lorsqu’elle envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de vérifier, au vu de l’avis émis par le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur l’état de santé de l’intéressé et, en particulier, d’apprécier, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu’entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l’étranger est originaire. Lorsque ce défaut de prise en charge risque d’avoir des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur la santé de l’intéressé, l’autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s’il existe des possibilités de traitement approprié de l’affection en cause dans son pays d’origine. Si de telles possibilités existent mais que l’intéressé fait valoir qu’il ne peut en bénéficier, soit parce qu’elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l’absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu’en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l’empêcheraient d’y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l’ensemble des informations dont elle dispose, d’apprécier si l’intéressé peut ou non bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine. A ce titre, il n’appartient pas au juge de s’assurer que les soins dans le pays d’origine seront équivalents à ceux offerts en France mais de s’assurer qu’eu égard à la pathologie de l’intéressé, il y existe un traitement approprié disponible dans le pays d’origine dans des conditions permettant d’y avoir accès.
En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l’OFII s’est prononcé le 10 janvier 2023 sur la demande de M. A.... Le moyen tiré du vice de procédure tenant au défaut de consultation du collège de médecins doit, dès lors, être écarté.
En troisième lieu, il ressort de l’avis émis par le collège de médecins de l’OFII que, si l’état de santé de M. A... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine à destination duquel il peut voyager sans risque. M. A..., qui a levé le secret médical, souffre d’une hépatite B nécessitant un traitement médicamenteux. Le requérant produit une ordonnance médicale à base de metformine, de sitagliptine, d’insuline glargine et d’entécavir. Pour démontrer qu’il ne peut bénéficier d’un tel traitement dans son pays d’origine, le requérant se prévaut de la liste des médicaments essentiels en Guinée en 2021 sur laquelle ne figure que le metformine. Toutefois, l’OFII, observateur à l’instance, a produit des extraits de fiches MedCOI (medical country of origin information) datés du 1er septembre 2023 et du 16 novembre 2023, selon lesquelles le metformine, le sitagliptine et l’insuline lente type glargine sont disponibles dans les pharmacies de Manquepas, Kaloum et Conakry. Par ailleurs, l’OFII soutient que l’entécavir est aussi disponible dans ces pharmacies selon une fiche MedCOI du 24 janvier 2023. Si cette fiche n’a pas été produite dans cette instance, M. A... ne fait pas pourtant état d’éléments suffisamment probants permettant de remettre en cause l’analyse du collège des médecins de l’OFII, ce collège ayant accès à des données actualisées sur l’offre de soins en Guinée. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A... déclare, sans toutefois l’établir, être arrivé en France le 8 mars 2009 et résider sur le territoire national depuis lors. Sa demande d’asile a été définitivement rejetée le 24 octobre 2011. Il se prévaut de son insertion professionnelle caractérisée, notamment, par l’obtention en août 2020 d’un contrat à durée indéterminée en qualité de plongeur. Toutefois, il ne justifie pas, par la seule production d’une attestation d’un ami et d’un gérant de magasin dont il est client, d’une insertion sociale particulière sur le territoire français. Par ailleurs, il ne démontre pas être dans l’impossibilité de s’insérer professionnellement et socialement dans son pays d’origine où résident ses deux enfants nés en 2004 et 2006 et où lui-même a vécu jusqu’à l’âge de 32 ans. Dans ces conditions, et en dépit de son intégration professionnelle, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet a, en prenant la décision litigieuse, porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12 du présent jugement, le moyen tiré d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A... doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, l’arrêté du 27 novembre 2023 du préfet du Nord mentionné au point 2 du présent jugement donnait compétence à Mme C... pour signer la décision attaquée.
En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de la décision portant refus de délivrance et de renouvellement de son titre de séjour au soutien de ses conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision : « Ne peuvent faire l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français : (…) 9° L’étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié (…) ».
Eu égard aux motifs retenus au point 10, plus particulièrement à la circonstance qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... ne puisse pas bénéficier effectivement d’un traitement approprié en Guinée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A..., doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... A..., au préfet du Nord et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Délibéré après l’audience du 7 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Piou, première conseillère,
M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
C. Boileau
La présidente,
Signé
A-M. Leguin
La greffière,
Signé
S. Sing
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 décembre 2023 et 8 mars 2024, M. E... A..., représenté par Me Schryve, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 1er décembre 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, a refusé de lui délivrer une carte de résident et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de résident longue durée-UE dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l’attente, de le mettre en possession d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l’attente, de le mettre en possession d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de délivrance d’une carte de résident :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
S’agissant de la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière à défaut d’avis médical rendu par le collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en ce qu’elle se fonde sur une décision de refus de délivrance et de renouvellement d’un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
L’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a présenté des observations, enregistrées le 29 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Boileau a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. E... A..., ressortissant guinéen né le 9 juin 1976, est entré en France le 8 mars 2009, selon ses déclarations. Il a formulé une demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 14 février 2011. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 24 octobre 2011. M. A... s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » pour raisons de santé valable du 28 novembre 2016 au 27 novembre 2017 et régulièrement renouvelée jusqu’au 3 novembre 2022. M. A... a, le 16 août 2022, sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention « vie privée et familiale » pour raisons de santé ou la délivrance d’une carte de résident. Par un arrêté du 1er décembre 2023, dont M. A... sollicite l’annulation, le préfet du Nord a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, a refusé de lui délivrer une carte de résident et l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d’une carte de résident :
En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l’existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 27 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil n° 343 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D... C..., cheffe de la section des mesures individuelles et du contentieux, signataire de l’arrêté en litige, à l’effet de signer la décision attaquée en cas d’absence ou d’empêchement de Mme B... G... et de M. F... H.... Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteure de la décision attaquée doit être écarté.
En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet du Nord a procédé, avant de prendre la décision litigieuse, à un examen particulier des éléments qui caractérisent la situation personnelle de M. A.... Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier doit être écarté.
En dernier lieu, aux termes de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui justifie d’une résidence régulière ininterrompue d’au moins cinq ans en France au titre d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d’une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l’article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d’une durée de dix ans. (…) Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l’article L. 262-1 du code de l’action sociale et des familles ainsi qu’aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail (…) ». Aux termes de l’annexe 10 au code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’étranger sollicitant la délivrance de la carte de résident prévue par ces dispositions doit notamment produire des justificatifs de ses ressources « qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années ».
Il est constant que le requérant remplit la condition de résidence régulière ininterrompue de cinq ans. Pour autant, il n’en va pas de même du critère des ressources suffisantes, stables et régulières, sur les cinq dernières années précédant la décision attaquée, dès lors qu’il ressort des pièces du dossier que les ressources de M. A... étaient inférieures au salaire minimum de croissance pour les années 2018 et 2019. Par suite, le préfet du Nord n’a pas méconnu les dispositions précitées.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle :
En premier lieu, le préfet du Nord a mentionné avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il s’est fondé pour prendre la décision portant refus de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle de M. A.... Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
Aux termes de l’article L. 425-9 de ce code : « L’étranger, résidant habituellement en France, dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412-1 n’est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l’autorité administrative après avis d’un collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d’État (…) ».
Il résulte des dispositions précitées qu’il appartient à l’autorité administrative, lorsqu’elle envisage de refuser la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de vérifier, au vu de l’avis émis par le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur l’état de santé de l’intéressé et, en particulier, d’apprécier, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu’entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l’étranger est originaire. Lorsque ce défaut de prise en charge risque d’avoir des conséquences d’une exceptionnelle gravité sur la santé de l’intéressé, l’autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s’il existe des possibilités de traitement approprié de l’affection en cause dans son pays d’origine. Si de telles possibilités existent mais que l’intéressé fait valoir qu’il ne peut en bénéficier, soit parce qu’elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou en l’absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu’en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l’empêcheraient d’y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l’ensemble des informations dont elle dispose, d’apprécier si l’intéressé peut ou non bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine. A ce titre, il n’appartient pas au juge de s’assurer que les soins dans le pays d’origine seront équivalents à ceux offerts en France mais de s’assurer qu’eu égard à la pathologie de l’intéressé, il y existe un traitement approprié disponible dans le pays d’origine dans des conditions permettant d’y avoir accès.
En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l’OFII s’est prononcé le 10 janvier 2023 sur la demande de M. A.... Le moyen tiré du vice de procédure tenant au défaut de consultation du collège de médecins doit, dès lors, être écarté.
En troisième lieu, il ressort de l’avis émis par le collège de médecins de l’OFII que, si l’état de santé de M. A... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine à destination duquel il peut voyager sans risque. M. A..., qui a levé le secret médical, souffre d’une hépatite B nécessitant un traitement médicamenteux. Le requérant produit une ordonnance médicale à base de metformine, de sitagliptine, d’insuline glargine et d’entécavir. Pour démontrer qu’il ne peut bénéficier d’un tel traitement dans son pays d’origine, le requérant se prévaut de la liste des médicaments essentiels en Guinée en 2021 sur laquelle ne figure que le metformine. Toutefois, l’OFII, observateur à l’instance, a produit des extraits de fiches MedCOI (medical country of origin information) datés du 1er septembre 2023 et du 16 novembre 2023, selon lesquelles le metformine, le sitagliptine et l’insuline lente type glargine sont disponibles dans les pharmacies de Manquepas, Kaloum et Conakry. Par ailleurs, l’OFII soutient que l’entécavir est aussi disponible dans ces pharmacies selon une fiche MedCOI du 24 janvier 2023. Si cette fiche n’a pas été produite dans cette instance, M. A... ne fait pas pourtant état d’éléments suffisamment probants permettant de remettre en cause l’analyse du collège des médecins de l’OFII, ce collège ayant accès à des données actualisées sur l’offre de soins en Guinée. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A... déclare, sans toutefois l’établir, être arrivé en France le 8 mars 2009 et résider sur le territoire national depuis lors. Sa demande d’asile a été définitivement rejetée le 24 octobre 2011. Il se prévaut de son insertion professionnelle caractérisée, notamment, par l’obtention en août 2020 d’un contrat à durée indéterminée en qualité de plongeur. Toutefois, il ne justifie pas, par la seule production d’une attestation d’un ami et d’un gérant de magasin dont il est client, d’une insertion sociale particulière sur le territoire français. Par ailleurs, il ne démontre pas être dans l’impossibilité de s’insérer professionnellement et socialement dans son pays d’origine où résident ses deux enfants nés en 2004 et 2006 et où lui-même a vécu jusqu’à l’âge de 32 ans. Dans ces conditions, et en dépit de son intégration professionnelle, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet a, en prenant la décision litigieuse, porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12 du présent jugement, le moyen tiré d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A... doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, l’arrêté du 27 novembre 2023 du préfet du Nord mentionné au point 2 du présent jugement donnait compétence à Mme C... pour signer la décision attaquée.
En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de la décision portant refus de délivrance et de renouvellement de son titre de séjour au soutien de ses conclusions à fin d’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision : « Ne peuvent faire l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français : (…) 9° L’étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié (…) ».
Eu égard aux motifs retenus au point 10, plus particulièrement à la circonstance qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... ne puisse pas bénéficier effectivement d’un traitement approprié en Guinée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 12 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12, le moyen tiré d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. A..., doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution, de telle sorte que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... A..., au préfet du Nord et à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Délibéré après l’audience du 7 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
Mme Piou, première conseillère,
M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
C. Boileau
La présidente,
Signé
A-M. Leguin
La greffière,
Signé
S. Sing
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,