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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401110

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401110

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 février 2024, M. A B, représenté par Me Navy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 155 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai, de lui délivrer un certificat de résidence algérien ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'Etat, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de certificat de résidence :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de certificat de résidence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à la durée du délai accordé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 18 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bourgau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 4 février 1976 à Bordj Menaiel (Algérie), est entré en France le 19 novembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 5 août 2015 au 31 janvier 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 avril 2016, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 30 novembre 2016. Sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, présentée le 28 décembre 2020, a été rejetée par le préfet du Nord le 31 décembre suivant. La demande de regroupement familial présentée par sa conjointe le 11 avril 2021 a été rejetée par arrêté du 8 novembre 2021. Sa nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour, présentée le 30 mars 2022, a été rejetée par le préfet du Nord le 5 avril suivant. Par arrêté du 16 octobre 2022, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par jugement n° 2207924 du 21 décembre 2022, le tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté et enjoint au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. En exécution de ce jugement, M. B a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour valable du 12 janvier au 11 avril 2023, renouvelée deux fois. M. B a alors sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ". Par arrêté du 30 octobre 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré sur le territoire français le 19 novembre 2015, n'y a séjourné régulièrement que durant la période de validité de son visa, soit jusqu'au 31 janvier 2016, puis durant la période d'instruction de sa demande d'asile, soit du 14 janvier au 9 décembre 2016, date de notification de la décision par laquelle la CNDA a définitivement rejeté sa demande d'asile et enfin du 12 janvier au 11 avril 2023, sous couvert d'une autorisation provisoire de séjour. Marié depuis le 14 janvier 2017 avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 26 juillet 2025, il est père de deux enfants issus de cette union, nés en 2017 et 2018 et scolarisés dans l'enseignement primaire, et héberge également son beau-fils, jeune majeur. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est bénévole au sein de La Croix rouge à raison de trois heures par semaine depuis 2017 et au sein du secours populaire français depuis 2015, à raison de cinq jours par semaine. A cet égard, il produit une vingtaine d'attestations de bénévoles témoignant de ses qualités humaines, de sa volonté d'intégration ainsi que de son investissement au sein de l'association, le directeur et la coordinatrice précisant qu'il en constitue un pilier. En outre, M. B a obtenu le diplôme initial de langue française niveau A1.1 le 5 juillet 2016, le certificat de compétences de citoyen de sécurité civile PSC1 le 5 novembre 2018 et justifie d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée du 7 mars 2022 à temps plein de préparateur automobile pour un salaire de 1 600 euros au sein de la société SL Cars. Dès lors, alors même que M. B ne justifie pas des liens qu'il entretiendrait avec l'un de ses frères, présent en France, que sa mère et ses cinq autres frères et sœurs résident en Algérie et que la majeure partie de son séjour en France l'a été en situation irrégulière, il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il justifie d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France. Et si le préfet fait valoir que le requérant serait éligible au regroupement familial, une telle circonstance n'est pas de nature à remettre en cause l'existence d'une vie privée et familiale en France, alors au demeurant que la précédente demande présentée par sa conjointe, en recherche d'emploi, a été rejetée par le préfet du Nord le 8 novembre 2021 au double motif de l'insuffisance de ses ressources et de la présence en France du requérant. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision contestée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs pour lesquels elle a été prise.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de certificat de résidence algérien doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d'un changement des circonstances de fait, que le préfet du Nord délivre à M. B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " au titre de ses liens privés et familiaux en France. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Navy, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Navy d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de délivrer à M. B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en raison de ses liens privés et familiaux en France.

Article 3 : L'Etat versera à Me Navy, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat, une somme de 1 200 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Navy et au préfet du Nord.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

T. BOURGAULa présidente,

Signé

J. FÉMÉNIA

La greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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