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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401639

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401639

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a été saisi par M. B..., ressortissant marocain, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet du Nord du 16 janvier 2024 retirant sa carte de séjour « vie privée et familiale » et l’obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le préfet avait légalement retiré le titre de séjour sur le fondement de l’article L. 432-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, après avoir mis l’intéressé à même de présenter ses observations conformément aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration. La solution retenue est que la décision de retrait et l’obligation de quitter le territoire français ne méconnaissent ni l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, ni l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant, et ne sont pas entachées d’erreur manifeste d’appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 février 2024, le 12 juillet 2024, le 5 mars 2025 et le 29 avril 2025, M. A... B..., représenté en dernier lieu par Me Gommeaux, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 16 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord a retiré la carte de séjour temporaire portant « mention vie privée et familiale » dont il était titulaire et l’a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et dans cette attente de lui délivrer un récépissé valant autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de cette notification, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation administrative et de prendre une nouvelle décision dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et dans cette attente de lui délivrer un récépissé valant autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de cette notification, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





Il soutient que :

S’agissant de la décision de retrait du titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-5 et R. 432-4 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est fondée sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 avril 2024, le préfet du Nord, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Bergerat, première conseillère ;
- et les observations de Me Beaudouin, substituant Me Gommeaux, représentant M. B....

Considérant ce qui suit :

M. B..., né le 25 avril 1997, de nationalité marocaine, est entré en France le 13 mars 2019 muni d’un visa de long séjour en tant que travailleur saisonnier. Un titre de séjour « travailleur saisonnier » lui a été délivré par le préfet du Vaucluse valable du 21 mai 2019 au 20 mai 2022. Le 17 mai 2023, il a demandé la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » en qualité de parent d’enfant français qui lui a été délivré pour une durée d’un an, du 25 août 2023 jusqu’au 24 août 2024. Par un arrêté du 16 janvier 2024, le préfet du Nord a retiré cette carte de séjour, a obligé M. B... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes de l’article L. 432-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dans ses dispositions alors applicables : « Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. ».

L’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration dispose : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ». Aux termes de l’article L. 122-1 du même code : « Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. (…) ».

Le respect du caractère contradictoire de la procédure prévue par ces dispositions constitue une garantie pour le titulaire de la carte de séjour que l’autorité administrative entend rapporter.

Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord indique avoir adressé, le 21 décembre 2023, à M. B... un courrier l’invitant à présenter ses observations sur la procédure de retrait de son titre de séjour, par lettre recommandée avec accusé de réception enregistré par les services postaux sous le n° 1A19659206305 dont l’intéressé aurait accusé réception le 27 décembre 2023 et auquel il aurait répondu par courrier du 2 janvier 2023. Toutefois, et alors que le requérant conteste la réalisation de ces formalités préalables au retrait de son titre de séjour, le préfet du Nord, à qui incombe la charge de la preuve du respect des dispositions précitées du code des relations entre le public et l’administration, ne produit à cette fin aucune pièce dans le cadre de la présente instance. En conséquence, M. B... est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure qui l’a privé d’une garantie.

Il résulte de ce qui précède que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 16 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord a retiré le titre de séjour et par voie de conséquence, de l’obligation de quitter le territoire français prise en application de cette décision de retrait.

Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :

Eu égard au motif d’annulation qu’il retient, seul susceptible d’entraîner l’annulation de la décision de retrait attaquée, l’exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du 16 janvier 2024 par lequel le préfet du Nord a retiré le titre de séjour délivré à M. B... et l’a obligé à quitter le territoire français est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.























Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Hamon, présidente,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.



La rapporteure,

Signé


S. Bergerat


La présidente,

Signé


P. HamonLa greffière,

Signé


S. Ranwez


La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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