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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2401945

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2401945

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2401945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a examiné la requête de Mme B..., ressortissante marocaine, contestant le refus du préfet du Nord d'abroger des décisions de 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. La requérante invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut d'examen de sa situation, et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de Mme B..., considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. Cette solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les conventions internationales applicables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2024, Mme C... B..., représentée par Me Gommeaux, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 18 janvier 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d’abroger les décisions du 23 novembre 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d’enjoindre au préfet du Nord, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l’attente de la délivrance de son titre de séjour ou du réexamen de sa demande de titre, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Gommeaux, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat ou, en cas de non-admission à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de l’évolution de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit une pièce le 19 mars 2024, sans présenter de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 18 octobre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 7 novembre 2024.

La requérante a produit une pièce le 3 septembre 2025, qui n’a pas été communiquée.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mars 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d’emploi, signé le 9 octobre 1987 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Barre,
- et les observations de Me Beaudouin, avocate substituant Me Gommeaux, représentant Mme B....


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante marocaine née le 16 janvier 1992, est entrée en France le 7 juillet 2018. Elle a été mise en possession d’un titre de séjour pluriannuel portant la mention « vie privée et familiale », valable jusqu’au 2 septembre 2021, en sa qualité de conjointe d’un ressortissant français, M. F.... A la suite de la séparation du couple, le préfet du Nord a, par un arrêté du 23 novembre 2022, refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B..., l’a obligée à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Le 23 mai 2023, Mme B... a demandé au préfet du Nord d’abroger son arrêté du 23 novembre 2022. Cette demande a fait l’objet d’une décision implicite de rejet. Par un jugement du 18 décembre 2023, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision d’interdiction de retour sur le territoire français dont Mme B... faisait l’objet et a rejeté les conclusions de l’intéressée à fin d’annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par un courrier du 18 janvier 2024, dont Mme B... demande l’annulation, le préfet du Nord a indiqué à l’intéressée les motifs l’ayant conduit à refuser d’abroger les décisions du 23 novembre 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

Par une décision du 11 mars 2024, Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce qu’elle soit provisoirement admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n’y a pas lieu d’y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

Le 23 mai 2023, Mme B... a demandé au préfet du Nord d’abroger son arrêté du 23 novembre 2022. En l’absence de réponse du préfet dans le délai de deux mois prévu par les dispositions de l’article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, cette demande a fait l’objet d’une décision implicite de rejet. Par un courriel du 27 juillet 2023, Mme B... a sollicité la communication des motifs de cette décision implicite de rejet. Il ressort des termes du courrier du 18 janvier 2024, qui porte la référence « demande de communication des motifs du refus implicite d’abrogation d’OQTF », que cette lettre ayant pour seul objet la communication de ces motifs elle est dépourvue de caractère décisoire et, par suite, n’est pas susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir.

En toute hypothèse, en premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. E... A.... Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 20 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l’État dans le département n° 253 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. E... A..., chef de la section de l’actualité juridique du bureau du contentieux et du droit des étrangers de la préfecture du Nord, à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme G..., cheffe de ce bureau, et de M. H..., son adjoint, les décisions portant abrogation de refus de délivrance d’un titre de séjour, celles portant abrogation d’obligations de quitter le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme G... et M. H... n’auraient pas été absents ou empêchés le 18 janvier 2024. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En deuxième lieu, il ne résulte pas des termes de la décision attaquée, ni d’aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Nord n’aurait pas procédé à l’examen particulier de la situation de la requérante telle qu’elle existait à la date de sa décision, quand bien même il comporte des références au jugement du tribunal administratif de Lille du 18 décembre 2023 s’agissant des aspects pour desquels il a considéré qu’aucun élément nouveau n’était apporté par Mme B....

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : « (…) / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ».

Aux termes de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ». Aux termes de l’article L. 423-3 de ce code : « (…) Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ». Enfin, aux termes de l’article L. 423-5 du même code : « La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales (…) ». L’article 9 de l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 stipule que : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord. (…) ».

Si, par la production d’une ordonnance du 7 octobre 2024 procédant à la mise en accusation de son ex-conjoint devant la cour criminelle pour des faits de viol et de violences conjugales commis sur sa personne, la requérante peut être regardée comme établissant que son conjoint a commis des violences conjugales entre mars 2019 et décembre 2020, en tout état de cause le divorce ayant été prononcé en septembre 2021, Mme B... ne remplissait plus la condition de maintien du lien conjugal lui demeurant opposable en application de l’article L. 423-3 précité du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite la requérante n’est en tout état de cause pas fondée à soutenir que le refus d’abroger l’arrêté du 23 novembre 2022 aurait méconnu ces dispositions.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».

Pour demander l’annulation de la décision du 18 janvier 2024 par laquelle le préfet a refusé d’abroger ses décisions du 23 novembre 2022 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, Mme B... se prévaut de ce qu’elle a donné naissance le 26 décembre 2022 à une enfant dont le père est M. D..., compatriote titulaire d’une carte de résident de dix ans, valable jusqu’au 22 janvier 2025. Toutefois, elle n’établit pas qu’elle entretiendrait une vie commune avec M. D..., ni que ce dernier entretiendrait des liens d’une particulière intensité avec sa fille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En cinquième lieu, aux termes du 1er paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. (…) ».

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, et dès lors que la décision attaquée n’a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de son enfant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.

En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, et alors que rien ne s’oppose à ce que la requérante poursuive sa vie familiale avec son enfant dans son pays d’origine, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 26 ans et où résident encore ses parents avec qui elle n’a pas rompu tout lien, le moyen tiré de l’erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l’intéressée doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... doivent en tout état de cause être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles présentées au titre de articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


DÉCIDE :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle présentée par Mme B....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.










Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... B... et au préfet du Nord.

Copie sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Hamon, présidente,
- Mme Célino, première conseillère,
- Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.

La rapporteure,

signé


C. BarreLa présidente,

signé


P. Hamon
La greffière,


signé

S. Ranwez
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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