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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402209

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402209

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2402209 le 29 février 2024, M. A C B, représenté par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de l'assigner à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, en l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision attaquée :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2402211, le 29 février 2024, M. A C B, représenté par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, en l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en violation du principe général des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard aux circonstances humanitaires dont il se prévaut.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;

- les observations de Me Vergnole, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes ;

s'agissant de la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, elle fait valoir que le préfet du Nord n'a communiqué aucune pièce de la procédure ; elle développe alors le moyen tiré de la violation du droit à être entendu dès lors qu'il n'est pas démontré que l'intéressé aurait été entendu par les services de police antérieurement à la décision attaquée ; elle soulève, à l'encontre de cette même décision, le moyen tiré de l'erreur de droit dès lors que le préfet du Nord ne démontre pas que la demande d'asile de M. B aurait été définitivement rejetée ; elle soulève également, à l'encontre de cette décision, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de l'insertion de M. B en France ; elle développe enfin les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen sérieux de la situation de M. B ;

s'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ, elle soulève le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet du Nord se fonde sur les déclarations qu'aurait tenues M. B qui ne sont toutefois pas produites aux débats ; en tout état de cause, elle soutient que contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Nord, il n'existe aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;

s'agissant de la décision faisant interdiction de retour sur le territoire français, elle soulève le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé à tort en état de compétence liée ; elle soulève également à l'encontre de cette même décision le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de la forte intégration de M. B dans la société française ;

s'agissant enfin de la décision assignant M. B à résidence, elle développe le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français et soulève le moyen tiré de l'illégalité par voie de conséquence de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

enfin, elle s'en rapporte aux autres moyens soulevés dans les requêtes ;

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet des requêtes de M. B au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- et les observations de M. B.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né le 11 août 1999, demande l'annulation des arrêtés en date du 29 février 2024 par lesquels le préfet du Nord lui a, d'une part, fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2402209 et n° 2402211 présentées pour M. B concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un même jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français n'est pas stéréotypée et comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour permettre à l'intéressé de comprendre et de discuter les motifs de la décision attaquée et pour le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écartée.

6. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

7. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. En soutenant que la décision attaquée méconnaît le principe général des droits de la défense ainsi que les articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne sont pas applicables aux décisions faisant obligation de quitter le territoire français dont la procédure est entièrement régie par les dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de la violation de son droit à être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droit fondamentaux de l'Union européenne précité.

9. Le principe de neutralité de la jonction des requêtes suppose que la jonction opérée ne peut influer sur l'issue des deux litiges. Si le préfet du Nord n'a communiqué, préalablement à l'audience, aucune pièce de la procédure dans le cadre de la requête n° 2402211, il s'est prévalu, lors de l'audience, des pièces qu'il avait produites dans le cadre de la requête n° 2402209, et notamment du procès-verbal d'audition de M. B réalisée le 28 février 2024 par les services de police, qu'il a ainsi opposé au requérant dans le cadre de la requête n° 2402211. Ce dernier a pu faire part à l'audience de ses observations sur cette pièce produite par le préfet. Il ressort de ce document que M. B a été entendu par les services de police préalablement à la décision attaquée et qu'il a été interrogé sur sa situation administrative et personnelle. Il a en outre été invité à présenter ses observations orales sur la perspective de son éloignement du territoire français et à porter à la connaissance de l'autorité préfectorale tout élément complémentaire. En outre, ainsi qu'il a été énoncé au point 7, le droit d'être entendu implique seulement que l'intéressé soit mis en mesure de présenter spontanément des observations écrites sans qu'il soit nécessaire pour le préfet d'inviter spécifiquement l'intéressé à formuler de telles observations.. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du droit du requérant à être entendu doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article R. 532-57 dudit code : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche Telemopfra dont s'est prévalu à l'audience le préfet du Nord dans le cadre de la requête n° 2402211 et sur laquelle le requérant a pu formuler ses observations, que le recours présenté par M. B contre la décision en date du 29 décembre 2020 par laquelle le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 3 mars 2021, notifiée à l'intéressé le 25 juin 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité serait entaché d'une erreur de droit doit être écarté.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2019. Ainsi qu'il a été dit au point 12, il a présenté une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 mars 2021. Il est célibataire et sans enfant à charge. Il se prévaut de la présence en France d'un oncle maternel chez lequel il réside et qui atteste de son sérieux. Sa mère, ainsi que deux de ses sœurs, résident aux Etats-Unis. Son père et son frère, avec lesquels il indique ne plus avoir de contact, résident en Angola. Il justifie, au moyen des attestations qu'il verse aux débats, avoir noué en France des relations amicales. Il démontre en outre avoir obtenu en juin 2021 le diplôme d'Etudes en langue française de niveau B1 et avoir obtenu en juin 2022, après avoir été inscrit en classe de première professionnelle puis en classe de terminale professionnelle, son baccalauréat professionnel dans le domaine des métiers de l'électricité et de ses environnements connectés. Il a poursuivi sa formation en BTS " Maintenance des systèmes " au lycée Colbert à Tourcoing. Ses professeurs attestent de sa motivation, de son investissement, de sa bonne intégration et des retours positifs qu'il a pu avoir à l'occasion de ses stages. Si l'ensemble de ces éléments attestent de l'insertion de M. B dans la société française, le requérant ne démontre pas qu'il serait dans l'incapacité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Dans ces conditions, le préfet du Nord n'a pas, en faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En dernier lieu, compte tenu de la situation de M. B telle qu'énoncée au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

16. En premier lieu, la décision attaquée comporte, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écartée.

17. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 à 15, le moyen tiré de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne les autres décisions attaquées :

18. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

19. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord, pour refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire, s'est fondé sur le 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé, qui possède un passeport, dispose d'un logement et dont les garanties de représentation ne sont pas contestées, et qui n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et dont au contraire les différentes attestations produites aux débats attestent de son sérieux et de son respect, ait répondu, à la question que les policiers lui ont posée de savoir s'il avait des observations à formuler quant à la possibilité que soit prise à son encontre une mesure d'éloignement : " je veux finir mes études en France, à l'issue de mon BTS je souhaite faire une licence. Je n'ai pas prévu de retourner en Angola à cause des répressions politiques ", ne saurait être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme une intention explicite de l'intéressé de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire dont il a par la suite fait l'objet. Dans ces conditions, le préfet du Nord, en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire au motif qu'il aurait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

20. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 29 février 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet du Nord a fait interdiction à M. B de retour sur le territoire français et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Aux termes de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification ".

22. Il résulte de ces dispositions que lorsque le tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin, ou la juridiction d'appel, prononce l'annulation d'une décision de ne pas accorder un délai de départ volontaire à un étranger obligé de quitter le territoire français, il lui appartient uniquement de rappeler à l'étranger l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative, sans qu'il appartienne au juge administratif d'enjoindre au préfet de fixer un délai de départ.

23. L'annulation des décisions du 29 février 2024 refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an n'implique pas que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation du requérant et qu'il lui délivre en l'attente une autorisation provisoire de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

24. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, son avocate peut donc se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vergnole, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vergnole, au titre des deux requêtes qu'elle a présentées pour le compte de son client, de la somme totale de 1 800 euros.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B est admis, pour chacune des requêtes présentées, au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les décisions en date du 29 février 2024 par lesquelles le préfet du Nord a refusé à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées.

Article 3 : L'arrêté en date du 29 février 2024 par lequel le préfet du Nord a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vergnole, avocate de M. B, la somme totale de 1 800 (mille huit cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes présentées par M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Marion Vergnole et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé,

F. BONHOMMELa greffière,

Signé,

N. BELHARRET

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2402209, 2402211

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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