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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402297

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402297

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024, M. B A, représenté par Me Vergnole, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler l'autorisation provisoire de séjour " étudiant en recherche d'emploi " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance, et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler le temps de ce réexamen ;

4) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que la décision litigieuse est un refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

* Elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles

L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

* Elle méconnaît les stipulations de l'article 2.2.2 du protocole de l'accord franco-tunisien du 28 avril 2008 ;

* Elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* Elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

* Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre la France et la Tunisie en matière de séjour et de travail fait le 17 mars 1988 ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre la France et la Tunisie fait le 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 mars 2024 à 15h45, en présence de M. Deraoui, greffier, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Vergnole, représentant M. A, présent, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;

- le préfet du Nord n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 4 juillet 1993, de nationalité tunisienne, est entré en France le 15 août 2020 afin de poursuivre des études et a été muni d'un titre de séjour en qualité d'étudiant valable jusqu'au 11 décembre 2022. Par un courrier reçu par la préfecture du Nord le 15 novembre 2022, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour " recherche d'emploi " et a été muni le 11 janvier 2023 d'une autorisation provisoire de séjour " étudiant en recherche d'emploi ", valant titre de séjour, valable du 5 janvier 2023 au 4 juillet 2023.

Le 3 juin 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler ce titre de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Par une décision du 2 avril 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. La présomption d'urgence mentionnée au point précédent trouve également à s'appliquer dans le cas d'un refus de renouvellement de l'autorisation de séjour instituée par les stipulations du point 2.2.2 du protocole précité du 28 avril 2008. En l'absence de circonstances particulières invoquées par le préfet du Nord, la condition d'urgence est remplie.

6. Aux termes du point 2.2.2 du protocole d'accord relatif à la gestion concertée des migrations du 28 avril 2008 susvisé : " Une autorisation de séjour d'une durée de validité de six mois, renouvelable une fois, est délivrée de plein droit au ressortissant tunisien qui, ayant achevé avec succès, dans un établissement d'enseignement supérieur français habilité au plan national ou dans un établissement d'enseignement supérieur tunisien lié à un établissement d'enseignement supérieur français par une convention de délivrance de diplôme en partenariat international, un cycle de formation conduisant à un diplôme au moins équivalent au master ou à la licence professionnelle, souhaite compléter sa formation par une première expérience professionnelle en France dans la perspective de son retour en Tunisie. / Pendant la durée de cette autorisation, le ressortissant tunisien est autorisé à chercher et à exercer un emploi ouvrant droit à une rémunération au moins égale à une fois et demie la rémunération mensuelle minimale en vigueur en France./ A l'issue de la période mentionnée au premier alinéa, le ressortissant tunisien titulaire d'un emploi ou justifiant d'une promesse d'embauche satisfaisant aux conditions énoncées ci-dessus, est autorisé à séjourner en France pour l'exercice de son activité professionnelle, sans que la situation de l'emploi ne lui soit opposable. / Dans le cas contraire, une autorisation provisoire de séjour de même nature que celle mentionnée au premier alinéa, d'une durée de validité de six mois non renouvelable, lui est délivrée de plein droit. Si, pendant cette seconde période, l'intéressé obtient un emploi satisfaisant aux conditions énoncées au premier alinéa, il est procédé comme prévu au troisième alinéa. ".

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du point 2.2.2 du protocole d'accord relatif à la gestion concertée des migrations du

28 avril 2008 précité, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la situation de M. A. En revanche, il ne résulte d'aucune stipulation du protocole précité du 28 avril 2008 ni d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment pas de son article R. 431-2, qui vise les demandes de titre de séjour, que le ressortissant tunisien qui sollicite l'autorisation de séjour prévue par ce protocole doive se voir remettre un récépissé l'autorisant à travailler le temps de l'examen de cette demande. Il y a donc seulement lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte du motif de celle-ci, ce qui implique une prise de position expresse sur le droit à la délivrance de l'autorisation sollicitée, notifiée à l'intéressé.

Sur les frais du litige :

10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vergnole, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vergnole de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. A.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler l'autorisation provisoire de séjour " étudiant en recherche d'emploi " de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, ce qui implique une prise de position expresse sur le droit à la délivrance de l'autorisation sollicitée, notifiée à l'intéressé.

Article 4 : L'Etat versera à Me Vergnole une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 31 mai 2024.

La juge des référés,

signé

S. BERGERAT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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