Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402313
mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2402313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 mars et 15 mars 2024, M. A B, représenté par Me Jamais, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle le doyen de la faculté de médecine de Lille a refusé la validation du stage réalisé de novembre 2020 à avril 2021 au sein de l'établissement public de santé mentale Val de Lys Artois Saint Venant, ensemble la décision du 9 novembre 2021 de rejet du recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à l'administration dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre principal, de valider le stage effectué, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de se prononcer sur la validité du stage effectué ;
3°) de mettre à la charge de l'université le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que les décisions litigieuses l'exposent à d'importantes difficultés financières ; il a sollicité, à compter du 1er novembre 2023, une disponibilité afin de se consacrer à la rédaction de sa thèse, nécessaire à l'obtention du diplôme d'Etat de docteur en médecine, et se trouve dépourvu de revenus ; en l'absence de validation du stage en litige, il n'a pas pu obtenir du conseil départemental du Nord de l'ordre des médecins une licence de remplacement qui lui aurait permis d'effectuer des remplacements ponctuels de médecins en psychiatrie et de bénéficier de ressources financières ; pour faire face à ses charges, il a contracté un prêt bancaire à hauteur de 10 000 euros qui s'épuise ; la mise en disponibilité des internes en médecine est un procédé classique pour leur permettre de se consacrer à la réalisation de leur thèse dès lors notamment que la poursuite d'un stage concomitamment à la rédaction de la thèse n'est pas possible compte tenu de la charge de travail ; il ne saurait lui être reproché de s'être placé lui-même dans la situation de précarité financière alléguée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées dès lors que :
* elles sont entachées d'un défaut de motivation au regard de l'article 25 de l'arrêté du 4 février 2011 ;
* elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elles sont liées à la sanction disciplinaire infligée le 24 août 2021 et méconnaissent le principe non bis in idem ;
* elles sont entachées d'inexactitude matérielle dès lors qu'elles sont fondées sur des faits erronés, en l'espèce, de prétendus refus d'obtempérer aux instructions données par sa hiérarchie, manquements aux obligations de service et comportements inadaptés et menaçants envers les patients mineurs ;
* elles sont entachées d'un détournement de procédure ;
* elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, l'université de Lille conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que la mise en disponibilité résulte de son propre chef alors qu'il est en droit d'effectuer un nouveau stage en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent depuis l'année 2021 et pour lequel il serait rémunéré en application des articles R. 6153-1 à R. 6153-45 du code de la santé publique qui prévoient la rémunération des internes en médecine ; sa situation financière résulte de son propre fait ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 mars 2024 à 14h45, en présence de M. Deraoui, greffier, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Jamais, représentant M. B, présent, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; il fait valoir que l'université de Lille refuse la possibilité de suivre le stage surnuméraire nécessaire avant la validation de la thèse prévue en avril 2024, que le stage en périnatalité prévu pour pallier le stage non validé ne débute qu'en mai 2024 ;
- et M. C, représentant l'université de Lille, qui conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes motifs et produit un courriel du doyen de la faculté de médecine, soumis au contradictoire, indiquant que la mise en disponibilité pour écriture de la thèse n'est pas un phénomène courant, qu'en moyenne seul 2% de la cohorte est placé en disponibilité pour des motifs divers, dont la rédaction de la thèse représente une infime part.
Les parties ont été informées au cours de l'audience que la clôture de l'instruction était différée au 20 mars 2024 à 17h.
Par un mémoire, enregistré le 19 mars 2024, l'université de Lille conclut aux mêmes fins que précédemment.
Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que :
- l'intéressé soutient sa thèse le 16 avril 2024, qu'il pourra effectuer un stage rémunéré dont le début est prévu le 2 mai 2024 et qu'il ne démontre pas qu'à la fin du mois d'avril 2024 et malgré son prêt bancaire, il ne pourra plus subvenir à ses besoins ;
- en outre, à supposer que les conditions tenant à l'urgence et au doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée soient retenues, la suspension de l'exécution de la décision du doyen n'exemptera pas l'intéressé de solliciter une licence de remplacement ; cette démarche ne pourra être réalisée avant le début du stage rémunéré prévu le 2 mai 2024.
Par un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 20 mars 2024, M. B, représenté par Me Jamais, conclut aux mêmes fins que précédemment par les mêmes motifs et soutient, en outre, que l'obtention d'une licence de remplacement est un processus rapide et qu'il rencontrera des problèmes de trésorerie courant mars 2024 alors qu'il ne percevra pas la moindre rémunération avant le 25 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, étudiant en médecine, interne en psychiatrie, a effectué un stage au sein du service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital de Saint-Venant de novembre 2020 à avril 2021 qui a été validé par le chef de service le 3 mai 2021 mais invalidé par le doyen de la faculté de médecine de Lille. Parallèlement, M. B a fait l'objet d'une procédure disciplinaire et sanctionné, par une décision du 24 août 2021, d'une exclusion temporaire de fonctions de soixante-dix jours pour des faits reprochés et survenus lors de ce stage. Placé en disponibilité à compter du 1er novembre 2023, il a sollicité auprès du conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord l'obtention d'une licence lui permettant d'effectuer des remplacements ponctuels qui lui a été refusée, par une décision du 13 novembre 2023, en raison de l'absence de validation d'un stage en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le doyen de la faculté de médecine de Lille a invalidé le stage effectué de novembre 2020 à avril 2021.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier l'urgence qui s'attache selon lui à suspendre l'exécution de la décision par laquelle le doyen de la faculté de médecine de Lille a décidé d'invalider le stage en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent réalisé de novembre 2020 à mars 2021, M. B, qui a été rattaché au centre hospitalier universitaire de Lille du 4 novembre 2019 au 1er novembre 2023 en qualité d'interne de spécialité, fait valoir que l'invalidation de ce stage l'empêche d'obtenir auprès du conseil départemental de l'ordre des médecins du Nord une licence lui permettant d'effectuer des remplacements ponctuels alors qu'il ne perçoit plus de revenus depuis sa mise en disponibilité à compter du 1er novembre 2023. S'il fait valoir que le placement en disponibilité est courant pour les internes de médecine afin de rédiger leur thèse, cette allégation est contredite par l'université de Lille et notamment les éléments chiffrés produits par le doyen de la faculté de médecine qui indiquent que moins de 2% des 2 500 internes sont placés en disponibilité d'office et ce, pour des motifs divers, ne tenant que pour une infime part au choix de l'étudiant de se consacrer à ce travail rédactionnel. En outre, l'université de Lille fait valoir que M. B, en tant qu'interne, peut parallèlement à la rédaction de sa thèse, effectuer des stages rémunérés en application des dispositions du code de la santé publique. Si l'intéressé fait valoir que l'université de Lille refuse la possibilité de réaliser des stages surnuméraires tant que la thèse de médecine n'est pas soutenue, il ne l'établit pas et ne démontre pas ainsi être dans l'impossibilité de percevoir des revenus autrement que par des remplacements ponctuels. En outre, il résulte de l'instruction que M. B justifie de charges mensuelles s'élevant en moyenne à la somme d'environ 1 050 euros, qu'il a contracté un crédit à la consommation d'un montant de 10 000 euros dont le remboursement est prévu du 5 janvier 2024 au 5 décembre 2027 et produit, en outre, deux attestations établies les 30 janvier et 1er février 2024 par son organisme bancaire indiquant que deux comptes ouverts au nom de l'intéressé présentent des soldes créditeurs respectifs de 164,18 euros et 3 477,30 euros. Le requérant fait valoir que ce prêt bancaire a été contracté pour supporter ces charges, compte tenu de l'absence de revenus résultant du refus de délivrance de la licence de remplacement. Toutefois, par les quelques pièces bancaires produites, M. B ne permet pas au juge des référés d'apprécier l'intégralité de sa situation financière et le lien allégué entre cette situation et l'emprunt contracté et alors que les deux précédentes demandes du requérant, présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ont été rejetées au motif qu'il n'établissait pas l'urgence financière alléguée. Enfin, il est constant que la soutenance de thèse de médecine de M. B est prévue le 16 avril 2024 et que l'intéressé est positionné sur un stage rémunéré en périnatalité à compter du 5 mai 2024. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'exécution de la décision litigieuse, d'invalidation du stage suivi de novembre 2020 à mars 2021, qui a empêché, en novembre 2023, la délivrance d'une licence de remplacement, ne porte pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de M. B. Par suite, la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie sera adressée, pour information, à l'université de Lille.
Fait à Lille, le 18 juin 2024.
La juge des référés,
signé
S. BERGERAT
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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