Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402497

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 et le 25 mars 2024, la société Funea et autres, représentées par Me Forgeois, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du 17 janvier 2024 de la maire de Lille portant règlement des cimetières et sites cinéraires lillois, hellemmois et lommois ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lille le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les articles 24 et 26 du nouveau règlement des cimetières réduit de 90 jours à 48h, le délai accordé pour stocker au sein des cimetières les monuments funéraires ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'entrée en vigueur au 1er février 2024 des dispositions des articles 24 et 26 du nouveau règlement implique, en à peine dix jours, de disposer d'un lieu pour stocker des monuments sans prendre en compte ce qu'une telle modification implique, dont entre autres, la recherche d'un tel lieu dans un contexte où la location et/ou l'acquisition de foncier sont particulièrement tendues dans la métropole lilloise ; les répercussions financières sont excessives et concernent des frais de formation, d'assurance, de transport et de stockage, de location de lieux de stockage, de rémunération de chauffeurs supplémentaires ainsi que de carburant supplémentaire ; à défaut d'appliquer le règlement, ils s'exposent à des contraventions de deuxième classe en application de l'article R. 610-5 du code pénal et de l'article 44 du règlement litigieux ; la décision litigieuse emportera des coûts supplémentaires d'environ 1 000 euros pour les familles endeuillées ; la décision litigieuse préjudicie de manière particulièrement grave et immédiate à la situation des requérants et à leurs intérêts mais également aux intérêts des familles endeuillées, des ayants droits, usagers du service public qu'ils entendent défendre ; les familles endeuillées supporteront des frais supplémentaires et seront exposées à des risques de détérioration des monuments funéraires ; la décision litigieuse est contraire à l'intérêt public dès lors qu'elle contrevient aux objectifs de maintien de l'ordre et de la décence dans les cimetières ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

* elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elle est imprécise et entachée d'une erreur de fait dès lors que l'article 24 vise " l'intervenant " comme repreneur des monuments démontés aux fins d'inhumation ou d'exhumation ;

* la mesure a été prise sans concertation préalable ;

* la mesure prise n'est pas justifiée, notamment par des objectifs de police en matière funéraire ; elle est contraire au maintien de l'ordre et à la décence dans les cimetières, notamment prévus par l'article 16-1-1 du code civil ;

* le règlement est illégal dès lors qu'il entraîne le dépôt d'urnes scellées sur un monument dans un lieu privé ainsi que des exhumations illégales par la sortie desdites urnes ;

* elle est imprécise ainsi que trop générale ; elle n'apparaît ni nécessaire, ni adaptée, ni proportionnée compte tenu de l'ampleur de ses conséquences pour les entreprises de marbrerie et de pompes funèbres ;

* elle entrave directement la liberté d'entreprendre ainsi que la liberté du commerce et de l'industrie ; elle contraint de manière excessive leur intervention ;

* elle est excessive dès lors qu'elle les expose à des contraventions de deuxième classe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, la commune de Lille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas caractérisée dès lors que la plupart des opérations d'enfouissement ne nécessitent pas d'opération de stockage des monuments funéraires ; seuls les monuments en pleine terre peuvent être concernés et seulement dans la mesure où n'est pas présente une " semelle ", entourage en béton sur lequel repose un monument funéraire ; les requérants ont attendu le 11 mars 2024 pour saisir le juge des référés alors que le règlement est exécutoire depuis le 17 janvier 2024 ; les répercussions financières alléguées ne sont pas justifiées ; les considérations liées à l'impact psychologique provoqué chez les familles endeuillées sont étrangères à la situation et aux intérêts des requérants ; le risque de détérioration des monuments et urnes n'est pas établi ; en outre, si un démontage de monument funéraire sur lequel repose une urne, devait être réalisé, cette dernière serait remise au dépositoire le temps du démontage, dès lors que les urnes funéraires après inhumation ne peuvent quitter le cimetière sans autorisation d'exhumation délivrée par le maire ; l'argument tiré de la nécessité de former les chauffeurs au transport des monuments funéraires n'est pas sérieux ; les arguments relatifs à la nécessité de recueillir l'autorisation du concessionnaire ou des ayants-droits pour intervenir sur la concession ne sont pas fondés ; il ne ressort d'aucun texte, ni d'aucune jurisprudence que l'autorité titulaire du pouvoir de police des funérailles et des cimetières serait dans l'obligation d'organiser une concertation préalable à l'édiction du règlement litigieux ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 mars 2024 à 14h30, en présence de M. Deraoui, greffier, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Forgeois, représentant les sociétés requérantes, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; il soutient, en outre, que la demande de suspension ne porte que sur l'exécution des articles 24 et 26 du règlement litigieux ;

- et M. B, représentant la commune de Lille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. La société Funea et autres, entreprises de pompes funèbres, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de leurs conclusions, de suspendre l'exécution des articles 24 et 26 de l'arrêté du 17 janvier 2024 portant règlement des cimetières et sites cinéraires lillois, hellemmois et lommois, qui réduisent de 90 jours à 48h, le délai accordé pour stocker au sein de ces cimetières les monuments funéraires.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par les sociétés requérantes à l'appui de leur demande de suspension partielle de l'arrêté du 17 janvier 2024 ne paraissent pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de cette décision.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie, que les conclusions à fin de suspension présentées par les sociétés requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lille, qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme réclamée au titre des frais du procès par les sociétés requérantes.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Funea et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Funea, à la société Segard et Busine, à la société Pompes Funèbres Marbrerie Lemahieu, à la société Teranor, à la société Pompes Funèbres Remory, à M. A C pour Marbrerie C, à la société Piccini, à la société Pompes Funèbres assistance Martin, à la société Pompes Funèbres Dancoisne, à la société établissements Pompes Funèbres Faucomprez, à la société Six, à la société Virique Père et Fils, à la société Pompes Funèbres Montagne, ainsi qu'à la commune de Lille.

Fait à Lille, le 24 juin 2024.

La juge des référés,

Signé,

S. BERGERAT

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,