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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2402705

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402705

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2402705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBERTHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, Mme A C B, représentée par Me Berthe, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation, dans le délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient :

Sur l'urgence, que :

- la formation au titre de laquelle elle est inscrite s'achève le 31 août 2024 en théorie, et le 31 juillet 2024 en pratique, son stage devant commencer le 1er avril 2024 ;

Sur le doute sérieux, que :

- la décision en litige méconnaît les stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, dès lors qu'elle remplit toutes les conditions pour être munie d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ".

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 mars 2024 à 10h15, en présence de Mme Blanc, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu Me Berthe, représentant Mme B.

Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 27 juillet 1998, est entrée en France sous couvert de son passeport revêtu d'un visa D, valable du 11 septembre 2023 au 10 décembre 2023. Par un dossier envoyé par voie postale et reçu le 18 octobre 2023 par les services de la préfecture du Nord, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ". Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Mme B a été admise, au titre de l'année universitaire 2023/2024, en deuxième année du master " bio and pharmaceutical materials science " de l'université de Lille, dans le cadre du programme " Erasmus + ". Pour valider le dernier semestre de ce master, elle doit accomplir un stage d'une durée de quatre mois, initialement prévu au sein de l'INSERM, la convention de stage signée à cet effet prévoyant que ce stage doit se dérouler pour la période allant du 5 mai 2024 au 31 juillet 2024, et les pièces du dossier faisant apparaître que sa réalisation effective est subordonnée à la régularité du séjour en France de l'intéressée. Ainsi, le refus de séjour en litige compromet irrémédiablement et à brève échéance les chances pour Mme B d'achever sa formation universitaire. Ces circonstances particulières sont constitutives d'une situation d'urgence.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :

7. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de refus en litige jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de Mme B et édicte une décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de trois jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme B a été provisoirement admise, ainsi qu'il a été dit, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros au titre des frais que Mme B devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Berthe, avocat, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à Mme B et sous réserve alors que Me Berthe renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de Mme B, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de Mme B tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. B et de prendre une nouvelle décision expresse dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'État versera la somme de 800 euros au titre des frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 10.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B, à Me Berthe et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 25 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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