lundi 9 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2402718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mars 2024 et 30 mai 2024, M. B C, représenté par Me Cardon, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 28 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un certificat de résidence algérien sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, sous le même délai et la même astreinte ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement au fichier du système d'information Schengen (SIS) et au fichier des personnes recherchées (FPR) ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles ont été prises par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises en méconnaissance de la procédure contradictoire telle qu'instituée par les principes généraux de l'Union européenne et garantie par les articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un certificat de résidence :
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis de la commission du titre du séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en ce que son état de santé nécessite son maintien sur le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
En ce qui concerne la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard d'une part de sa vie personnelle, professionnelle et familiale sur le territoire français, et d'autre part de la nécessité de revenir en France suivre sa prise en charge médicale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations, enregistrées le 16 mai 2024.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Goujon,
- les observations de Me Troufléau, substituant Me Cardon, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 5 mai 1983, est entré en France le 3 octobre 2015, muni de son passeport revêtu d'un visa de court séjour Schengen délivré par les autorités maltaises. Par un arrêté du 25 novembre 2020, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an. M. C a sollicité, le 8 mars 2022, la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des dispositions du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 28 juillet 2023, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A D, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers à la préfecture du Nord. Par un arrêté du 27 juin 2023, publié le même jour au recueil n° 158 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné, dans son article 12, délégation de signature à Mme D en ce qui concerne les décisions relatives à la délivrance et au refus de délivrance d'un titre de séjour, aux obligations de quitter le territoire français, au délai de départ volontaire, à la fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement et aux interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté n'aurait pas été signée par une autorité compétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de l'intéressé, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il s'est fondé pour prendre les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () "
5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
6. En l'espèce, l'arrêté attaqué a été pris à la suite de la demande de M. C de délivrance d'un certificat de résidence, dans laquelle celui-ci a pu évoquer sa situation personnelle et en particulier son état de santé. Il a donc été mis à même de faire valoir, avant l'intervention de l'arrêté attaqué, tous les éléments de nature à influer sur son contenu. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Nord aurait méconnu le droit de M. C d'être entendu doit être écarté.
7. En cinquième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Nord a bien procédé à un examen particulier de la situation de M. C.
Sur la décision refusant la délivrance certificat de résidence :
8. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux demandes présentées par les ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / ()".
9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. Par ailleurs, il n'appartient pas au juge de s'assurer que les soins dans le pays d'origine seront équivalents à ceux offerts en France mais, de s'assurer, qu'eu égard à la pathologie de l'intéressé, il y existe un traitement approprié disponible dans le pays d'origine, dans des conditions permettant d'y avoir accès.
10. Pour refuser de délivrer à M. C le certificat de résidence sollicité, le préfet du Nord s'est notamment fondé sur l'avis émis le 5 septembre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a estimé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soin dans son pays d'origine, il peut y bénéficier d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.
11. M. C a été victime d'un accident de la circulation le 14 août 2021 qui a été à l'origine d'une fracture du fémur droit nécessitant une intervention chirurgicale avec l'enfoncement d'un clou dans les fragments d'un os fracturé afin de les maintenir en bonne position et d'entourer les fragments osseux réduits par un fil. A la suite de cette opération, M. C a gardé des douleurs du membre inférieur et des troubles de la marche nécessitant l'usage d'une canne et un suivi médical le temps de la consolidation osseuse. Si le requérant soutient que son état nécessite des séances de rééducation, ce qui n'est au demeurant pas contesté par l'avis du collège de l'OFII, il n'apporte aucun élément qui remet en cause le fait que celles-ci sont accessibles en Algérie, notamment dans l'un des seize centres hospitaliers universitaires répartis sur tout le territoire disposant d'un service spécialisé en orthopédie. Par ailleurs, M. C soutient, pour la première fois dans le cadre de la présente instance, qu'il souffre aussi de séquelles psychologiques importantes depuis son accident. Il produit un certificat médical du 18 août 2023 indiquant qu'il souffre d'un syndrome anxiodépressif avec troubles du sommeil, aboulie et idéation suicidaire évoluant depuis plusieurs mois, un repli social et un syndrome de stress post-traumatique, ainsi que des ordonnances pour des médicaments et une attestation relative à sa prise en charge depuis le 19 octobre 2023 dans un centre médico-psychologique afin de bénéficier d'une thérapie cognitive et comportementale. Il n'est toutefois pas établi que ces éléments aient été portés à la connaissance de la préfecture et du collège de médecins de l'OFII lors de la demande de titre de séjour. En outre, il ressort des observations de l'OFII du 16 mai 2024 que les médicaments prescrits à M. C pour ses problèmes psychiatriques, ou à défaut leur générique, sont disponibles en Algérie, de même que les psychothérapies spécialisées, comme les thérapies cognitivo-comportementales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. C qui est entré en France le 3 octobre 2015 fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire depuis le 25 novembre 2020. Célibataire et sans enfant, il n'allègue pas disposer d'attaches familiales en France, alors que sa mère et ses quatre frères résident en Algérie où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. S'il fait valoir avoir exercé quelques missions professionnelles dans le secteur du bâtiment, sans toutefois les justifier, et être bénévole auprès d'une association et avoir à ce titre distribué des colis alimentaires durant la crise sanitaire entre le 30 avril et le 9 mai 2020, ces éléments sont insuffisants pour démontrer son insertion sociale ou professionnelle et l'existence de liens privés stables et d'une particulière intensité en France. Enfin, si M. C fait aussi valoir ses problèmes de santé et son suivi médical en France, il n'établit pas qu'ils ne pourraient pas avoir un traitement approprié en Algérie comme il a été exposé au point 11. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 425-9 () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ".
15. Les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas applicables aux ressortissants algériens, M. C ne saurait utilement prétendre que le préfet, avant de rejeter sa demande de titre de séjour, aurait dû saisir la commission du titre de séjour en application de ces dispositions.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, il résulte des points 2 à 15 que la décision portant refus de titre de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié (). ".
18. Il ressort des motifs exposés aux points 9 à 11 que M. C peut bénéficier en Algérie d'une offre de soins adaptée à ses problèmes de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
19. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 13, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision portant le délai de départ volontaire de trente jours :
20. Il résulte des points 2 à 7 et 16 à 19 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision portant le délai de départ volontaire à trente jours.
Sur la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :
21. En premier lieu, il résulte des points 2 à 7 et 16 à 19 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
22. En deuxième lieu, pour les motifs exposés au point 13, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
23. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
24. D'une part, il ressort des motifs exposés aux points 9 à 11 que M. C peut bénéficier en Algérie d'une offre de soins adaptée à ses problèmes de santé. D'autre part, aucun des éléments apportés par le requérant, à savoir la durée de sa présence en France, le décès de son père ou le peu de liens avec ses frères restés en Algérie, n'est de nature à laisser penser que son retour en Algérie l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet du Nord des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
25. En premier lieu, il résulte des points 2 à 7 et 16 à 19 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
26. En deuxième lieu, aux termes de l'article de l'article L.612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
27. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
28. Il ressort de l'arrêté attaqué, que pour justifier la décision d'interdire à M. C de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet du Nord a pris en compte sa présence en France depuis le 3 octobre 2015, son absence d'attache privée et familiale sur le territoire français, l'existence de liens familiaux en Algérie, son obligation de quitter le territoire français le 25 novembre 2020 et le fait qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Si M. C soutient que, de par les liens qu'il a développés en France, la décision d'interdiction de retour porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, il ressort des motifs exposés au point 13, que le préfet n'a pas commis d'erreur dans son appréciation lorsqu'il a pris sa décision. De même, si le requérant soutient que sa situation médicale peut l'amener à revenir en France, ce qu'empêcherait l'interdiction de retour, il ressort des motifs exposés au point 11, que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
29. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 13, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
30. En quatrième lieu, M. C ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision attaquée qui n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner vers l'Algérie. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut qu'être écarté.
31. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté 28 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
DÉ C I D E :
Article 1er : : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au préfet du Nord.
Copie pour information sera adressée au ministre de l'intérieur et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cotte, président,
M. Fougères, premier conseiller,
M. Goujon, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
J.- R. Goujon
Le président,
signé
O. CotteLa greffière,
signé
C. Lejeune
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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