mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2402981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTHE |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 1er juin 2023, le 13 septembre 2023, le 1er février 2024 et le 15 avril 2024 sous le numéro 2304879, M. A B, représenté par Me Berthe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- cet arrêté a été signé par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 19 juin 2023 et le 29 novembre 2023, le préfet du Nord, représenté par la Selarl Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 5 septembre 2022.
La clôture de l'instruction a été fixée au 17 juillet 2024 à 12 h 00 par une ordonnance en date du 17 avril 2024.
II- Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 22 mars 2024 et le 28 mai 2024 sous le numéro 2402981, M. A B, représenté par Me Berthe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions:
- ces décisions sont les conséquences directes de l'arrêté préfectoral du 20 juillet 2022 dont il conteste la légalité dans la requête n° 2304879 ; il excipe, à l'encontre de ces décisions, de l'illégalité de l'arrêté du 20 juillet 2022 ;
- l'arrêté contesté est entaché d'erreurs de fait ;
- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le préfet du Nord a produit des pièces le 23 avril 2024.
La clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024 à 12 h 00 par une ordonnance en date du 10 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- et les observations de Me Kerich, représentant le préfet du Nord pour l'affaire n°2304879.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 15 mai 1996 en Russie, de nationalité arménienne, déclare être entré en France le 12 mai 2006, à l'âge de 9 ans. Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " à sa majorité, valable du 19 septembre 2014 au 18 septembre 2015, régulièrement renouvelée, puis une carte de séjour pluriannuelle valable du 19 septembre 2017 au 18 septembre 2019, renouvelée jusqu'au 18 septembre 2021. Le 29 juillet 2021, il a sollicité, auprès du préfet du Nord, le renouvellement de cette carte de séjour pluriannuelle. Par un arrêté du 20 juillet 2022, dont M. B demande l'annulation dans la requête n° 2304879, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour. Puis par un arrêté du 20 mars 2024, dont M. B demande l'annulation dans la requête n° 2402981, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2304879 et 2402981, présentées par M. B, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 433-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ". Et aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-21 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel d'Albertville le 19 septembre 2018 à 300 euros d'amende pour vol, par le tribunal de grande instance d'Avesnes-sur-Helpe le 10 octobre 2019 à 3 mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant 1 an et 6 mois pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance en récidive et conduite sans permis, par le tribunal correctionnel d'Avesne-sur-Helpe le 20 mai 2020, le 26 novembre 2020 et le 22 octobre 2021 à, respectivement, 4 mois d'emprisonnement, 5 mois d'emprisonnement et 150 euros d'amende et 6 mois d'emprisonnement pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance en récidive et conduite sans permis en état de récidive et, enfin, par le tribunal correctionnel de Laon le 23 août 2023 à une peine de 7 mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance en récidive et délit de fuite après un accident par un conducteur de véhicule terrestre. Par suite, au vu de la répétition des condamnations, la plupart récentes et en état de récidive, le préfet du Nord était fondé à estimer que le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public.
6. Il est toutefois constant que M. B est entré en France dans le courant de l'année 2006, à l'âge de neuf ans et qu'il s'est vu délivrer, à sa majorité, un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale. Celui-ci a été régulièrement renouvelé et il était en dernier lieu en possession d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 18 septembre 2021. Il n'est pas contesté qu'il remplissait effectivement les conditions pour obtenir le renouvellement de cette carte, celle-ci lui ayant été refusée sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public au regard, notamment, des faits rappelés au point précédent. Dès lors, le préfet ne pouvait prendre la décision litigieuse, portant refus de renouvellement, sans saisir préalablement pour avis la commission du titre de séjour, dont la consultation constitue une garantie pour l'étranger concerné.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour. Par voie de conséquence, doivent être également annulées les décisions du préfet du Nord du 20 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement mais nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. B en saisissant la commission du titre de séjour et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer au préfet du Nord un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à ce réexamen, sans qu'il soit besoin dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. En premier lieu, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de sa requête n° 2304879. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Berthe, conseil de M. B, renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Berthe de la somme de 900 euros.
10. En second lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de la requête n°2402981.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet du Nord du 20 juillet 2022 et du 20 mars 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, après avoir saisi la commission du titre de séjour et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Article 3 : Au titre de la requête n°2304879, l'Etat versera à Me Berthe, conseil de M. B, une somme de 900 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Au titre de la requête n°2402981, l'Etat versera à M. B une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Nord et à Me Berthe.
Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIÈRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N° 2304879, N°2402981
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026