Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2402982
mercredi 29 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2402982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MBULI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2024, M. B A, représenté par Me Mbuli Bonyengwa demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités portugaises ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'admettre au séjour en vue du dépôt de sa demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas demandé l'asile au Portugal ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par un décision du 29 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Leclère en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leclère, magistrate désignée ;
- les observations de Me Mbuli Bonyengwa, représentant M. A, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes motifs qu'il développe ;
- le préfet du Nord n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 mars 2024, le préfet du Nord a décidé le transfert de M. A, ressortissant guinéen (Bissao), aux autorités portugaises. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, sa demande tendant à être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de transfert :
4. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle vise notamment les règlements n° 603/2013 et n° 604/2013 du 26 juin 2013, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet mentionne que M. A est titulaire d'un visa délivré le 29 septembre 2023 par les autorités portugaises et périmé depuis moins de six mois. Le préfet indique que le Portugal doit être regardé comme l'Etat membre responsable du traitement de cette demande d'asile et qu'il a accepté cette prise en charge. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Nord n'a pas estimé que le requérant était demandeur d'asile au Portugal mais qu'il était titulaire d'un passeport revêtu d'un visa délivré par les autorités portugaises. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France très récemment, le 13 novembre 2023, ainsi qu'il l'a déclaré lors de l'entretien dont il a bénéficié dans les locaux de la préfecture le 8 décembre 2023 à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile. S'il soutient que l'un de ses cousins et l'une de ses cousines résideraient en France il n'apporte aucun élément de nature à établir ses allégations et ne démontre pas, en tout état de cause, l'intensité des liens qui les uniraient. Il ne fait valoir, en outre, aucun autre lien privé ou familial sur le territoire français. En outre, il ressort du compte rendu de son entretien qu'il a déclaré n'avoir aucun membre de sa famille sur le territoire français. Par ailleurs, s'il soutient que sa fille mineure, qui l'accompagne, est scolarisée, la décision en litige ne conduit pas l'éloigner de son enfant. Par suite, l'intéressé ne démontrant pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés ou familiaux, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et alors que M. A n'établit ni même n'allègue que les autorités portugaises ne seraient pas en mesure de le prendre en charge ainsi que sa fille de façon adéquate, le préfet du Nord n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013. Le moyen doit être écarté.
8. En quatrième et dernier lieu, si M. A soutient que la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Le moyen doit, dès lors, être écarté comme tel.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant transfert aux autorités portugaises doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et celles liées au frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mbuli Bonyengwa et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.
La magistrate désignée,
Signé,
M. LECLERELa greffière,
Signé,
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026