mercredi 18 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2403080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mars 2024, M. B A, représenté par Me Benseba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de le recevoir et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Horn a été entendu au cours de l'audience publique .
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 26 octobre 1988 à El Jadida (Maroc), déclare être entré sur le territoire français le 4 septembre 2023. Le 30 août 2023, il a sollicité du préfet du Pas-de-Calais la délivrance d'un titre de séjour mention travailleur salarié. Par un arrêté du 19 février 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Pas-de-Calais a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. En outre, l'obligation de quitter le territoire français ayant été prise, sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en conséquence d'un refus de titre de séjour suffisamment motivé, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du même code. Enfin, la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa motivation atteste que l'ensemble des critères énoncés par ce dernier article a été pris en compte. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur sur la date d'entrée du requérant sur le territoire français, dès lors qu'il serait entré sur le territoire en juin 2023, la seule production de la preuve d'achat d'un billet de train Milan-Paris du 28 juin 2023, ne saurait suffire à établir une telle erreur alors qu'ainsi que le fait valoir le préfet en défense, il ressort des pièces du dossier que le frère de M. A n'a commencé à l'héberger qu'à compter du 4 septembre 2023 et que sa demande d'autorisation de travail du 26 juillet 2023 a été réalisée en tant que demandeur " résidant hors de France ". De plus, la circonstance que le préfet ne fasse état, dans les motifs de sa décision, que d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée en tant qu'assistant chef de chantier ne caractérise pas une erreur de fait dès lors qu'il n'est pas contesté que le contrat de travail produit par M. A, daté du 4 janvier 2024, n'a pas été porté à la connaissance du préfet avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Eu égard à ce qui vient d'être dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Pas-de-Calais n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A avant de prendre l'arrêté contesté. Par suite, les moyens tirés de l'absence d'examen sérieux de sa situation et de l'erreur de fait doivent être écartés.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié''() ". Aux termes de l'article L.412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".
5. Il résulte de la combinaison des textes précités que la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu à l'article 3 de cet accord, est subordonnée, en vertu de son article 9, à la condition, prévue à l'article L.412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tenant à la production par ce ressortissant d'un visa de long séjour.
6. D'autre part, aux termes de l'article 18 de la convention d'application de l'accord de Schengen, dans sa rédaction résultant du règlement n° 265/2010 du Parlement européen et du Conseil du 25 mars 2010 susvisé : " 1. Les visas pour un séjour de plus de trois mois (ci-après dénommés "visas de long séjour") sont des visas nationaux délivrés par l'un des Etats membres selon sa propre législation ou selon la législation de l'Union. Ces visas sont délivrés selon le modèle type de visa instauré par le règlement (CE) n° 1683/95 du Conseil (*), avec spécification du type de visa par inscription de la lettre "D" en en-tête () ".
7. Il ressort des motifs de l'arrêté contesté que, pour refuser d'accorder à M. A un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur le seul motif de l'absence de production d'un visa de long séjour.
8. En l'espèce, si M. A produit un visa de type " D ", délivré par les autorités consulaires italiennes à Casablanca le 16 février 2023, valable sur le territoire italien du 20 février 2023 au 5 mars 2024, et soutient qu'il est un visa de long séjour au sens des dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 18 de la convention d'application de l'accord de Schengen précité stipule que les visas de long séjour sont des visas nationaux qui ouvrent un simple droit de transit sur le territoire des autres parties contractantes, de sorte que le visa de long séjour délivré à M. A par les autorités italiennes ne vaut pas visa de long séjour au sens des dispositions de l'article L. 412-1 de ce code. Dès lors, le préfet du Pas-de-Calais a pu, pour ce seul motif, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le préfet s'agissant de la signature d'un contrat à durée indéterminée, de son autorisation de travail, et de la circonstance que son contrat porte sur en métier en tension, doit être écarté.
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui se déclare célibataire et sans charge de famille, était entré en France depuis moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué. S'il se prévaut de ses liens avec son frère qui réside en France et qui l'héberge, ainsi qu'avec ses neveux, il n'établit pas entretenir une relation d'une particulière intensité avec eux et ne se prévaut d'aucune autre relation privée. En outre, s'il exerce les fonctions d'assistant chef de chantier depuis le 8 janvier 2024, ce début d'insertion professionnelle est insuffisant à démontrer qu'il aurait déplacé le centre de ses intérêts privés en France alors qu'il n'est pas contesté que ses parents vivent au Maroc, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté contesté a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette autorité n'a pas d'avantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté contesté sur la situation personnelle de l'intéressé.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Baillard, président,
- Mme Leclère, première conseillère,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. HORNLe président,
Signé
B. BAILLARD
La greffière,
Signé
S. DEREUMAUX
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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