Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403113

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLUTEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2024, l'association " Groupe d'information et de soutien des allocataires et des familles ", représentée par Me Boudi, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le maire de Denain a interdit, jusqu'au 31 juillet 2024, et dans certains lieux, les regroupements non liés à des manifestations ou fêtes publiques régulièrement autorisées, lorsqu'ils troublent l'ordre public, entravent l'accès des personnes à la voie publique ou gênent la commodité de la circulation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Denain la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la commune de Denain qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 avril 2024 à 14h30, en présence de M. Potet, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu M. A, représentant la commune de Denain, qui porte uniquement à 2 000 euros la somme réclamée au titre des frais du procès.

La commune de Denain n'était pas représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Denain, représentée par Me Bluteau, a été enregistrée le 25 avril 2024.

Deux notes en délibéré, présentées pour l'association " Groupe d'information et de soutien des allocataires et des familles ", ont été respectivement enregistrées le 29 avril 2024 et le 12 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Si, en principe, le fait qu'une décision administrative ait un champ d'application territorial limité fait obstacle à ce qu'une association ayant un ressort national justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour en demander l'annulation, il peut en aller autrement lorsque la décision soulève, en raison de ses implications, notamment dans le domaine des libertés publiques, des questions qui, par leur nature et leur objet, excèdent les seules circonstances locales.

3. Il résulte de l'instruction que les interdictions édictées par l'arrêté en litige jusqu'au 31 juillet 2024 sont destinées à faire cesser les troubles à la tranquillité et à la sécurité des riverains, résultant des rassemblements, regroupements et attroupements de personnes circulant sur une partie précisément et particulièrement restreinte de la commune de Denain. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir que ces interdictions, qui sont constitutives de mesures de police, sont susceptibles d'avoir un effet sur la liberté d'aller et de venir et la liberté de réunion, qu'elle défend sur l'ensemble du territoire national, l'association requérante, dont le siège est situé à Lille, n'établit pas que ces interdictions particulières soulèveraient des questions excédant les seules circonstances locales et justifieraient ainsi son intérêt à agir en justice à leur encontre. Il s'ensuit que sa demande est manifestement irrecevable.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si les conditions tenant à l'urgence et au doute sérieux sont remplies, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions présentées au titre des frais exposés dans le cadre du litige, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association " Groupe d'information et de soutien des allocataires et des familles " est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association " Groupe d'information et de soutien des allocataires et des familles " et à la commune de Denain.

Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 18 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,