Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403181
mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2403181 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | HMS AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2024, M. C B demande au juge des référés de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 9 janvier 2024 de mise à la retraite d'office et de la décision du 14 février 2024 de confirmation de cette décision.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il sera mis à la retraite d'office et qu'à 57 ans, il sera privé de tout emploi de manière définitive dans la fonction publique ; qu'il se retrouve dans une situation financière précaire ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :
* il ne lui a pas été proposé de période de préparation au reclassement ;
* l'avis du comité médical n'est pas motivé ;
* les recherches d'emploi n'ont pas été correctement effectuées en méconnaissance des dispositions de l'article 825-3 du code général de la fonction publique ;
* son état de santé permet une reprise du travail avec une adaptation du poste.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, la Poste, représentée par Me Bellanger, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la lettre du 14 février 2024 sont irrecevables dès lors que cette lettre ne fait pas grief ;
- les conclusions dirigées contre la décision du 9 janvier 2024 sont irrecevables dès lors qu'elle n'a ni pour objet, ni pour effet de le placer à la retraite d'office ; qu'à titre subsidiaire, elle a seulement prolongé la disponibilité d'office de l'intéressé ;
- l'urgence n'est pas caractérisée ;
- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bergerat, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 avril 2024 à 15h15, en présence de Mme Blanc, greffière, Mme Bergerat, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- M. B, qui soutient qu'il n'a formulé aucune demande de mise à la retraite, qu'il se trouve dans une situation financière précaire, que l'avis d'un expert médical consulté le 19 décembre 2023 n'a pas été pris en compte par le comité médical réuni en janvier 2024 et qu'il n'a reçu aucune proposition de préparation au reclassement, ni aucune proposition de poste ;
- et Me Bellanger, représentant la Poste, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes motifs que le mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, fonctionnaire de la Poste, exerçait les fonctions de facteur sur le site de Marquise A de préparation et de distribution du courrier avant d'être placé en congé de maladie ordinaire à compter du 6 janvier 2021 puis en disponibilité d'office à compter du 6 janvier 2022. Par un arrêté du 9 janvier 2024, la directrice des ressources humaines opérationnelle a prolongé cette disponibilité d'office à compter du 5 décembre 2023 " le temps de l'instruction " du dossier de retraite pour invalidité de l'intéressé. En outre, par un courrier du 14 février 2024, la Poste l'a informé que le dossier de pension enregistré à son nom était incomplet et l'a invité à le compléter. M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 janvier 2024 et du courrier du 14 février 2024.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la Poste :
2. Le courrier de la Poste du 14 février 2024 adressé à M. B se borne à informer l'intéressé que le dossier de pension enregistré à son nom est incomplet et l'invite à retourner un formulaire rempli par ses soins. Contrairement à ce que soutient le requérant, ce courrier ne confirme pas une décision de mise à la retraite d'office et n'a qu'un caractère informatif. Dans ces conditions, cette lettre, qui ne fait pas grief au requérant, ne constitue pas une décision susceptible de recours. La demande de suspension de ce courrier est irrecevable et doit être rejetée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. Contrairement à ce que soutient M. B, l'arrêté du 9 janvier 2024 n'a ni pour objet, ni pour effet de prononcer sa mise à la retraite d'office mais de prolonger son placement en disponibilité d'office à compter du 5 décembre 2023. Cette décision n'a modifié ni sa situation statutaire, ni sa situation financière dès lors notamment qu'il déclare, à l'audience, continuer à percevoir des revenus de la part de la sécurité sociale et d'un organisme de prévoyance depuis le 6 janvier 2022, date de sa mise en disponibilité d'office. En outre, il relie la précarité de sa situation financière à la mesure de mise à la retraite dont il ne résulte pas, en l'état de l'instruction, qu'elle aurait été édictée. Par suite, l'exécution de l'arrêté du 9 janvier 2024 ne porte pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment financière. Dès lors, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la Poste.
Fait à Lille, le 18 juin 2024.
La juge des référés,
Signé,
S. BERGERAT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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