Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403209
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2403209 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 24 mai 2024, M. A B, représenté par Me Lequien, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 mars 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation personnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 6.4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement puisqu'il est père d'un enfant français et qu'il doit bénéficier d'un titre de séjour prévu par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Krawczyk en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Krawczyk, magistrat désigné ;
- les observations de Me Lequien, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;
- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
1. M. B, ressortissant algérien né le 30 janvier 1989, a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement prise par le préfet du Nord le 13 juin 2021, puis d'une deuxième prise le 19 juin 2023 confirmée par le Tribunal. Il n'a pas exécuté ces décisions. Il conteste l'arrêté en date du 26 mars 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. M. B démontre être père d'un enfant français né le 7 février 2024 de son union par un pacte civil de solidarité du 10 août 2023 avec une ressortissante française avec qui il partage le même domicile depuis 10 octobre 2022 ainsi qu'elle l'atteste. Interrogé sur ce point à l'audience à laquelle assistait sa compagne accompagnée de leur enfant, M. B dont la paternité est très récente à la date de la décision contestée affirme avoir accompagné son épouse au cours de sa grossesse à différentes visites de suivi de grossesse et préparatoires à l'accouchement. En se bornant à indiquer dans l'arrêté contesté que M. B n'établissait pas participer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen complet de la situation personnelle du requérant dont il n'est pas contesté qu'il réside au même domicile que la mère de l'enfant depuis octobre 2022 dont il a accompagné la grossesse et qu'il participe nécessairement à l'éveil et l'éducation de l'enfant qui vit à ses côtés.
2. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Nord du 26 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet du Nord a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
3. Le présent jugement implique que le préfet du Nord réexamine la situation de M. B et qu'il lui délivre en l'attente une autorisation provisoire de séjour. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
En ce qui concerne les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 26 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de M. B.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 700 (sept cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Maître Lequien et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
J. KRAWCZYK La greffière,
Signé
N. CARPENTIER
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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