Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403517
jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2403517 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2024, la société My Sécurite, représentée par Me Thieffry, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 19 janvier 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités de sécurité (CNAPS) a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une autorisation d'exercer ;
2°) d'enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer l'autorisation sollicitée, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Leguin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ".
2. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
3. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de la décision en litige lui refusant la délivrance d'une autorisation d'exercer une activité privée de sécurité, la société requérante soutient que celle-ci fait obstacle à ce qu'elle puisse donner une suite favorable aux nombreuses demandes de prestation de télésurveillance et de gardiennage qui lui sont adressées, l'exposant à terme à un risque de fermeture, faute de pouvoir faire face à ses charges et frais. Toutefois, en se bornant à produire des demandes de devis, lesquelles ne peuvent au demeurant être regardées comme suffisamment probantes en l'absence de documents d'identité de leurs auteurs permettant d'attester de leur authenticité, et faute de production de documents comptables relatifs à la situation financière de la société requérante, cette dernière n'apporte à l'appui de ses allégations aucune justification suffisante permettant d'établir la réalité et l'imminence d'un quelconque risque de fermeture qui serait consécutif à l'exécution de la décision litigieuse.
4. Par ailleurs, la société requérante fait valoir, toujours au titre de l'urgence, que la décision en litige a pour conséquence de placer la dirigeante, Mme A et sa famille dans une situation de précarité financière dès lors qu'en l'absence d'autorisation d'exercer, l'intéressée ne pourra percevoir des revenus, alors que les revenus de son foyer sont actuellement exclusivement constitués des allocations familiales et de la pension d'invalidité de son mari, ce qui ne permet pas au couple de subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de leurs enfants. Toutefois, en l'absence d'éléments relatifs aux charges actuelles du foyer, à sa situation financière et aux modalités par lesquelles Mme A contribuait en termes de revenus jusqu'alors, la société requérante n'établit pas la réalité de la situation de précarité financière de sa dirigeante.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie et qu'il y a lieu de rejeter la requête dans toutes ses conclusions selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société My Sécurite est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société My Sécurite.
Fait à Lille, le 6 juin 2024.
La juge des référés,
Signé
AM. LEGUIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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