Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403721
mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2403721 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10 avril et 28 mai 2024, M. C A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 9 avril 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le Nigéria comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée et méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit, puisqu'il bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire français, le rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile ne lui ayant pas été notifiée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 541-1, L. 541-2, R. 532-54, R. 532-57 et R. 351-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- et elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- elle contrevient aux dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
Vu la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 avril 2024 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Nadji, substituant Me Danset-Vergoten, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en abandonnant le moyen tiré de la violation des dispositions des articles L. 541-1, L. 542-1, R. 532-54 et R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et les observations de M. A, assisté de Mme B D, interprète assermentée en langue anglaise, qui a répondu aux questions qui lui ont été posées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 19 août 1982 déclare être entré irrégulièrement en France en 2018. Il a sollicité la délivrance d'une carte de résident en qualité de réfugié ou d'un titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire en France le 23 avril 2019. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 28 février 2020, dont la décision a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 4 janvier 2021. Sa demande de réexamen a été définitivement rejetée par l'OFPRA le 14 juin 2022. Il a été interpellé le 8 avril 2024 à l'occasion d'un contrôle d'identité opéré par les services de la police aux frontières au métro porte des postes, place Barthélémy Doré à Lille à 20h05. M. A a alors fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de son droit à circuler ou séjourner en France. Après qu'il est apparu, qu'il n'avait pas obtenu l'asile et ne s'était pas vu délivrer de titre de séjour, le préfet du Nord a édicté à son encontre, le lendemain de son interpellation, une obligation de quitter, sans délai, le territoire français à destination du Nigéria assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 29 avril 2024, ses conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues, en cours d'instance, sans objet. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en mentionnant le rejet définitif des demandes d'asile et de réexamen de M. A et en faisant application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, l'arrêté tient compte de sa durée de présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier d'un droit au séjour. Par suite, le moyen, tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée et de la violation des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut être accueilli.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré, ainsi que se borne à l'affirmer le requérant, à un examen sérieux de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, si M. A se borne à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu, il ne se prévaut à l'audience ou dans son recours, d'aucun élément qu'il n'aurait pas pu faire valoir lors de son audition par les services de police, au cours de laquelle il a été informé de la possibilité qu'il soit obligé de quitter le territoire français, et qui aurait été de nature à modifier le sens de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant stipule que : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
7. Le requérant soutient que la décision attaquée méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ses fils nés en France, les 9 mars 2021 et 13 janvier 2023 et dont il n'est pas établi, par les pièces produites, que l'ainé serait déjà scolarisé. Or, l'intérêt supérieur des enfants de M. A est de ne pas être séparés de leurs parents, lesquels sont tous les deux de nationalité nigériane et en situations irrégulières sur le territoire français. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet du Nord aurait méconnu les dispositions précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
8. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. En l'espèce, M. A déclare être entré irrégulièrement en France en 2018, à l'âge de 35 ans. Sa présence continue en France, depuis n'est toutefois établie par les pièces produites, qu'à compter d'avril 2019 et M. A doit donc être considéré comme séjournant en France depuis 5 ans à la date d'adoption de la décision attaquée. S'il est en concubinage avec une compatriote, qui est en situation irrégulière sur le territoire français et avec laquelle il a eu deux fils, la cellule familiale pourra se reconstituer au Nigéria, où séjourne la première compagne de M. A et son premier enfant. En outre, M. A n'établit pas disposer en France d'autres attaches familiales, alors que sa mère et toute sa fratrie résident, selon ses déclarations aux services de police, au Nigéria. Enfin, si M. A a souligné qu'il travaillait sans autorisation comme boucher, rien n'indique qu'il ne pourrait pas trouver un emploi au Nigéria où il a exercé la profession de chauffeur de taxi et il ne se prévaut d'aucun autre élément de nature à établir qu'il disposerait désormais sur le sol français du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en faisant état de sa volonté de demeurer en France et de l'absence de garanties de rapatriement, en l'absence de tout document de voyage ou d'identité en cours de validité, et en faisant application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.
12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré, ainsi que se borne à l'affirmer le requérant, à un examen sérieux de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
14. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
15. Il résulte donc de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en mentionnant la nationalité de l'intéressé et en visant les articles L. 710-1 à L. 722-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au nombre desquels figurent l'article L. 721-4 de ce code. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.
17. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord ne se serait pas livré, ainsi que se borne à l'affirmer le requérant, à un examen sérieux de sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
19. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 7 et 9 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait, en fixant le Nigéria comme pays de destination, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
20. En dernier lieu, M. A soutient que la décision attaquée méconnaît tant les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que celles de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 janvier 2021 et sa demande de réexamen a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 14 juin 2022. En outre, M. A, qui se borne à reprendre son récit devant l'OFPRA, n'apporte aucun élément à l'audience, où il a d'ailleurs indiqué avoir déposé trois personnes au Cameroun et ne plus être retourné dans son pays avant de faire part de son arrestation au Nigéria en compagnie de ses 3 personnes puis de sa fuite, de nature à préciser ses craintes, à expliquer les raisons de sa fuite et à justifier de l'actualité de ses craintes alors qu'il n'est pas établit qu'il ferait l'objet de recherches ou de poursuites dans son pays. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en fixant le Nigéria comme pays de destination, le préfet du Nord aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
22. L'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". L'article L. 613-2 du même code dispose que : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
23. Il résulte de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
24. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
25. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet du Nord, se borne à se référer à la " situation familiale et professionnelle " de M. A, aux " conditions de son entrée et de son séjour ", à la " circonstance qu'il n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement précédente ", contrairement aux indications du fichier national des étrangers, et au fait " qu'il est défavorablement connu aux antécédents judiciaires pour des faits de voyage habituel en transport en commun sans titre de transport valable commis le 6 mai 2019 ", alors que ces faits, qui n'ont fait l'objet que d'une signalisation au fichier automatisé des empreintes digitales, remontent au 26 mars 2019 et ne saurait établir que M. A constitue une menace à l'ordre public. Ainsi, nonobstant la mention selon laquelle " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué conformément à l'article L. 612-10 () ", le préfet du Nord, qui ne s'est, au surplus, pas livré à un examen sérieux du dossier de M. A, n'a tenu aucun compte de la durée de présence de ce dernier sur le sol français. M. A est par suite fondé à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.
26. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
27. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction de M. A ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie principalement perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A aux fins d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 9 avril 2024, par laquelle le préfet du Nord a interdit le retour de M. A sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulée
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Danset-Vergoten et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
X. LARUE
La greffière,
signé
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2403721
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026