Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403764

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403764
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2024, Mme A Kerrich-Bernard demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la délibération n°2024.00689 du 4 avril 2024 par laquelle la commission permanente du conseil régional des Hauts-de-France a accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. C B.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme Kerrich-Bernard, conseillère régionale de la région des Hauts-de-France, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la délibération du 4 avril 2024 par laquelle la commission permanente du conseil régional des Hauts-de-France a accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle à M. C B, dans le cadre de l'enquête préliminaire diligentée par la procureure de la république près le tribunal judiciaire de Lille à l'encontre de ce dernier du chef de prise illégale d'intérêts.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Si cette condition s'apprécie au regard des effets de la décision attaquée, l'existence, au moment où le juge des référés statue, d'une autre décision, rendue possible par la première et préjudiciant à la situation des requérants, est au nombre des éléments dont il lui appartient de tenir compte à cet effet.

4. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de la délibération en litige, Mme Kerrich-Bernard soutient que celle-ci porte atteinte à l'intérêt des contribuables de la région des Hauts-de-France, dès lors que les frais de justice et les honoraires d'avocat de M. B, inscrits sur " la ligne budgétaire 930 020 6227 ", seront imputés sur le budget de la collectivité territoriale. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les frais auxquels la région des Hauts-de-France pourrait être exposée en conséquence de la protection fonctionnelle accordée à l'un de ses conseillers régionaux représenterait une dépense telle qu'elle serait de nature à porter atteinte de manière suffisamment importante au budget régional, alors au demeurant que Mme Kerrich-Bernard n'apporte aucun élément de nature à établir que M. B ne serait pas en mesure de rembourser à la région des Hauts-de-France les sommes prises en charge par celle-ci au titre de la protection fonctionnelle en cas d'annulation de la délibération par le juge du fond.

5. Par ailleurs, si Mme Kerrich-Bernard fait valoir, toujours au titre de l'urgence, que la délibération litigieuse préjudicie gravement et immédiatement à l'intérêt public de la région des Hauts-de-France, dès lors qu'elle est manifestement irrégulière, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est distincte du point de savoir si les moyens invoqués sont propres à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme Kerrich-Bernard est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A Kerrich-Bernard.

Une copie sera adressée pour information au conseil régional des Hauts-de-France.

Fait à Lille, le 26 juin 2024.

Le juge des référés,

signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet de la région Hauts-de-France en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2403764