Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2403945

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2403945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 17 avril et 30 mai 2024, M. D A, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

2°) d'annuler les décisions du 28 mars 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé l'Afghanistan comme pays de destination de cette mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat soit une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 soit, en cas de refus d'admission de M. A à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 800 euros à verser à ce dernier.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant de lui reconnaître la qualité de réfugiée ou de la faire bénéficier de la protection subsidiaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est empreinte d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est empreinte d'une erreur de droit, puisqu'il bénéficie d'un droit au maintien sur le territoire français, la décision de la Cour nationale du droit d'asile ne lui ayant pas été notifiée, et qu'il aurait donc dû se voir délivrer un titre de séjour en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 542-4, L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, puisqu'il peut prétendre à être admis compte tenu de sa vie privée et familiale en France ou à se voir délivrer un titre de séjour pour raisons de santé ;

- et elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle contrevient aux dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque le préfet n'a jamais saisi le collège de médecin de l'OFII avant de lui refuser un titre de séjour pour raisons médicales ;

- elle est fondée sur une décision de refus de séjour qui est elle-même irrégulière ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- et elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;

- elle est empreinte d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation puisqu'il n'a pas été tenu compte, pour en fixer la durée, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et elle est également empreinte d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation puisque interdire son retour était une simple possibilité ouverte au préfet, en application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il peut se prévaloir de circonstances humanitaires faisant obstacle à un tel prononcé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, le préfet du Pas-de-Calais a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Dussault, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- M. A n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 21 mars 1995, est entré irrégulièrement en France le 15 février 2021. Le 22 février 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Sa demande, enregistrée le 8 décembre 2021 après l'échec d'une première décision de transfert à destination de la Roumanie, a toutefois été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 mars 2024. Le 28 mars 2024, il a fait l'objet d'une décision par laquelle le préfet a refusé de l'admettre au séjour en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire et cette décision a été assortie, dans le même arrêté, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination de l'Afghanistan ainsi que d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A sollicite l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus de séjour :

3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil spécial n°140 des actes administratifs de l'Etat dans le département du Pas-de-Calais du 31 octobre 2023, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. C B, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers et signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision querellée manque en fait et doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en mentionnant le rejet définitif de la demande d'asile de M. A et en faisant application des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

5. En troisième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est empreinte d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet a tenu compte, à ce titre, du seul élément pertinent propre à sa situation personnelle, à savoir le rejet définitif de sa demande d'asile par les autorités chargées de son examen. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 dudit code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 541-2 dudit code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. " Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 532-54 du même code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise. Il la notifie également au directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. ". L'article R. 532-57 du même code dispose que : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé Télemofpra produit par le préfet du Pas-de-Calais, que par un jugement du 7 mars 2024, qui a été notifié à M. A le 21 mars 2024, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre la décision de l'office français des réfugiés et des apatrides rejetant sa demande d'asile. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet aurait méconnu son droit au maintien sur le territoire français issu des dispositions précitées des articles L. 541-1, L. 542-1, R. 532-54 et R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, il est constant que M. A n'a pas sollicité son admission au séjour à un autre titre que l'asile et que le préfet du Pas-de-Calais a seulement refusé de l'admettre au séjour en qualité de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Il n'est donc pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles L. 542-4, L. 423-23 ou L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir, à l'encontre d'une décision refusant son admission au séjour au titre de l'asile, laquelle ne tient compte que des besoins de protection internationale de l'intéressé, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 21 mars 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé de l'admettre au séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il ressort de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

12. Dans le cas prévu par les dispositions des articles L. 542-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger, ce dernier ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il pourra, si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui ont été définitivement refusés, faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient ainsi, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles, et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il suit de là que le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié.

13. En l'espèce, si M. A soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant l'intervention de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, cette mesure fait suite au rejet par la CNDA de sa demande d'asile. Or, ainsi qu'il vient d'être dit, dans un tel cas, aucune obligation d'information préalable ne pèse sur le préfet. Il n'est pas non plus allégué que M. A aurait postérieurement sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations, s'il l'avait souhaité, avant que ne soit prise la décision litigieuse. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union.

14. En deuxième lieu, les pièces médicales jointes par M. A à sa demande n'établissent pas que l'antibiothérapie par intraveineuse quotidienne dont il bénéficiait en France, au jour d'adoption de la décision attaquée, pour le traitement de sa tuberculose ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Il n'est donc, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision attaquée d'un vice de procédure en ne saisissant pas, préalablement à son édiction, la commission du titre de séjour.

15. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, doit être écarté.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

17. En l'espèce M. A, qui n'est titulaire d'aucun titre de séjour ou autorisation provisoire de séjour en France, n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, après avoir constaté que sa demande d'asile avait été définitivement rejetée et qu'il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En dernier lieu, l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

19. En l'espèce, M. A est entré irrégulièrement en France le 15 février 2021, à l'âge de 25 ans. Il y réside donc, majoritairement régulièrement, depuis un peu plus de 3 ans et un mois à la date d'adoption de la décision attaquée. Il est célibataire et sans enfant et s'il dispose, en France, d'une tante et de cousins, il n'établit pas ne plus disposer d'attaches familiales plus intenses en Afghanistan, où, selon ses déclarations devant la Cour nationale du droit d'asile, il disposerait de ses principales attaches familiales et personnelles. En outre, M. A n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier, dans son pays d'origine, du traitement que nécessite son état de santé et il ne se prévaut, à l'exception des cours de français qu'il suit, d'aucun autre élément de nature à établir qu'il disposerait désormais en France du centre de ses intérêts privés. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A, à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision, en mentionnant la nationalité de M. A et en faisant application de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée ne peut être accueilli.

22. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, doit être écarté.

23. En dernier lieu, M. A, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ne se prévaut, dans son recours ou à l'audience, d'aucun élément de nature à établir qu'il risque, en cas de retour en Afghanistan, d'être personnellement soumis à la torture ou à des peines et traitements inhumains ou dégradants. Il n'est donc pas fondé à soutenir, qu'en fixant l'Afghanistan comme pays de destination, le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

24. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a fixé l'Angola comme pays de destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

25. En premier lieu, il ne ressort pas des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Pas-de-Calais ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

26. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, doit être écarté.

27. En dernier lieu, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

28. En l'espèce, M. A, qui n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait pas faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français eu égard à des circonstances humanitaires qu'il se borne à alléguer. En outre, s'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne séjournait en France que depuis un peu plus de 3 ans et un mois et n'y dispose que d'une tante, de cousins et d'une cousine avec lesquelles il n'a jamais résidé. Il n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait commis, dans l'application de ces dispositions, des erreurs manifestes d'appréciation de sa situation.

29. Il suit de là que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision, par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

30. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction de M. A ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :

31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Maître Clément d'Armont et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

X. LARUE

La greffière,

signé

N. CARPENTIER

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2403945